TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

25 février 2017

[Jacques Breil - Présent] Homélies de Mgr Lefebvre à Écône

SOURCE - Jacques Breil - Présent - 2 septembre 2016

Sous un titre un peu sot (« Homélies à Ecône » aurait parfaitement suffi), qui n’altère toutefois pas la valeur du contenu, et sous une belle reliure d’éditeur, vient de paraître un document capital pour l’histoire ecclésiastique du dernier demi-siècle : Ecône, chaire de vérité, qui propose l’intégralité des sermons de Mgr Marcel Lefebvre dans le séminaire qu’il avait fondé en Suisse après avoir été missionnaire en Afrique puis Supérieur général des Spiritains.

« L’évêque de fer », comme se plaisait à le surnommer la presse, a prononcé de très nombreuses allocutions, puisqu’il ne cessait de parcourir le monde. Cependant, sauf de rares exceptions, il réservait ses déclarations majeures à Ecône. On possède donc, avec ce recueil, une vue d’ensemble de la façon dont Mgr Lefebvre expliquait son parcours, ses positions et son projet. Les éditeurs ont eu la bonne idée d’ajouter en annexe les trois principaux sermons « historiques » qui n’ont pas été prononcés à Ecône, à savoir le sermon de Lille en août 1976, le sermon pour le jubilé des cinquante ans de sacerdoce en septembre 1979 et celui du jubilé des soixante ans en novembre 1989. Rien ne manque donc à notre information.

Cette somme constitue en quelque sorte le plaidoyer pro domo de l’ancien Délégué apostolique de Dakar. Mais non pas comme un ouvrage rédigé après coup dans le dessein de se justifier. Au contraire, jour après jour, Mgr Lefebvre réagit aux événements de l’Eglise, expose ses doutes, ses angoisses, ses colères, ses espérances. Et comme il s’agit de sermons, ces éclairages sont inscrits dans une présentation d’ensemble du sacerdoce, de la vie chrétienne, des sacrements, de l’Eglise.

Certains discours sont d’ailleurs d’un grand souffle. Le sermon des ordinations sacerdotales en 1976, celui du jubilé de 1979, l’homélie sur « la Passion de l’Eglise » le 29 juin 1982, par exemple, révèlent un véritable orateur, ce que l’archevêque, au demeurant, ne prétendait pas être : « La vraie éloquence se moque de l’éloquence », notait fort justement Pascal.

En parcourant l’ouvrage, on apprécie de découvrir bien des passages qui font connaître l’âme du fondateur d’Ecône au-delà des approximations voire des caricatures qui en ont été transmises par les médias. C’est un bonheur d’en recueillir certains au fil des pages, pour aborder une pensée plus complexe et ouverte qu’on ne l’imaginait. Donnons-en simplement trois exemples.

A la toute fin des « Trente Glorieuses », Mgr Lefebvre propose, en quelques lignes, une critique économique et sociale qui vient percuter de plein fouet le monde du capitalisme triomphant et de l’ultralibéralisme que nous subissons aujourd’hui. « Les problèmes économiques et sociaux seraient résolus si la vertu de tempérance, plus encore que la vertu de justice, était pratiquée par tout le monde. Le mépris des choses de ce monde, la mesure en toutes choses, dans tout ce qu’il faut employer ici-bas, dans tous les biens dont il faut user : voilà la tempérance. Si tout le monde pratiquait la vertu de tempérance, la vertu de justice serait vite résolue. Mais parce qu’on ne veut plus pratiquer la vertu de tempérance, parce que tout le monde recherche davantage de biens, toujours davantage de jouissance à n’importe quel prix, dans n’importe quelles conditions, alors la jalousie, l’envie se mettent dans le cœur des hommes, et ainsi la lutte se répand dans le monde entier. De même, si ceux qui possèdent comprenaient davantage qu’ils doivent, eux aussi, user avec modération des biens de ce monde, ils pourraient se montrer plus généreux envers ceux qui manquent » (7 janvier 1973, p 30).
Antisémitisme ?
On accuse souvent les « traditionalistes » de fricoter avec l’antisémitisme, l’un des nouveaux « péchés capitaux » (avec sans doute le fait de fumer du tabac, de mal trier ses ordures et de ne pas se pâmer d’admiration devant le hip-hop). Les paroles de Mgr Lefebvre sur ce point sont d’une clarté extraordinaire, excluant toute haine raciale, mais marquant nettement, en revanche, l’irréductible opposition religieuse : « Nous devons affirmer notre foi en Notre Seigneur Jésus-Christ, notre amour de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est précisément ce qui fait la distinction entre nous et les Juifs dont nous sommes les descendants : nous sommes les enfants spirituels des Juifs, nous n’avons pas à mépriser la race des Juifs, Notre Seigneur a pris sa chair dans le sein d’une Juive qui était la Vierge Marie. (…) Nous devons donc aimer la race juive, mais nous ne devons pas nier que parmi les Juifs il y a précisément ceux qui ont accepté Notre Seigneur Jésus-Christ, ceux qui l’ont reçu, qui ont propagé son nom, qui ont donné leur sang pour lui, et puis ceux qui l’ont haï, mais haï avec une haine farouche, avec une persécution constante, sans relâche, encore aujourd’hui. C’est cela que nous reprochons aux Juifs » (2 janvier 1977, p. 237).
Trois dons « extraordinaires »
Alain de Pénanster a intitulé le livre qu’il a consacré en 1988 à Mgr Lefebvre, Un papiste contre les papes. Ce titre nous revient en mémoire en parcourant le sermon du 19 septembre 1976, pour la rentrée du séminaire d’Ecône. L’été vient sans doute de connaître l’acmé de la première confrontation entre la Fraternité Saint-Pie X et le Vatican, avant celle de 1988 : Mgr Lefebvre, en juillet, a été frappé par Paul VI de suspense a divinis. On pourrait s’attendre à ce qu’il propose, à ses séminaristes, le récit des événements de « l’été chaud 1976 ». Or il fait rouler son entretien sur « les trois dons extraordinaires que Dieu nous a faits », à savoir l’Eucharistie, la Vierge Marie et le Pape (p. 199). Il ne s’agit évidemment pas d’une provocation à l’encontre du Siège apostolique, et même au contraire : le Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X exprime ici une conviction très profonde, et il reprendra le même thème dans son sermon pour ses trente ans d’épiscopat, soulignant d’ailleurs au passage qu’il prêchait souvent cette doctrine lorsqu’il était missionnaire en Afrique (18 septembre 1977, p. 293).

On se promène ainsi dans ce jardin de délices, picorant ici une pensée, révisant un point de doctrine ou de liturgie, approfondissant sa foi, réchauffant sa vie chrétienne. Un tel recueil est comme un trésor inépuisable, une source ininterrompue de vie spirituelle, une somme que l’on consulte indéfiniment, et toujours avec un profit et un plaisir renouvelés.

Jacques Breil
  • Mgr Marcel Lefebvre, Écône, chaire de vérité, éditions Iris, 2016, 1104 pages, 73 euros.

24 février 2017

[Anne Le Pape - Présent] Entretien avec l’abbé Grégoire Celier - Des souvenirs forts qui orientent une vie

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 24 février 2017

— Monsieur l’abbé, vous avez participé à l’aventure de ce qu’il est convenu d’appeler « la prise de Saint-Nicolas ». Quels en sont vos souvenirs les plus marquants ?
— Précisons d’emblée qu’à l’époque, je n’étais pas « tradi », que je n’assistais pas à la messe traditionnelle. Le dimanche 27 février 1977, je n’étais d’ailleurs pas à Paris, mais j’ai appris les événements par la radio. Cela m’a paru intéressant, attirant, et même détonnant. J’avais beaucoup d’amis « tradi », je me suis donc rendu à Saint-Nicolas le mardi 1er mars, à la première messe de 7 h 15 célébrée, si mes souvenirs sont bons, par l’abbé de Fommervault, l’abbé Coache se trouvant dans le chœur. L’église était pleine à craquer, elle n’a d’ailleurs pas désempli, jour et nuit, durant un bon mois.Saint-Nicolas ne désemplit pas depuis 40 ans.

Je me trouvais près de la grille du passage entre le chœur et la sacristie. L’abbé Bellego, curé de Saint-Séverin-Saint-Nicolas, se trouvait dans la sacristie, dont il avait gardé l’usage. Il a passé son aube, est venu au pied du chœur, devant le banc de communion et l’immense estrade recouverte de moquette rouge sur laquelle se trouvait la « table à repasser » (comme nous disions) qui servait au nouveau rite. Il s’est mis à protester : « Je suis le curé, vous n’avez pas le droit d’être là ! » La messe était basse, sa voix pas très forte mais on l’entendait… Je n’ai pas eu le temps de me retourner que l’abbé Coache avait déjà démarré un chant : « Cœur sacré de Jésus, Que votre règne arrive… », et tout le monde a repris, noyant le discours du père Bellego. La rapidité de la réaction de l’abbé Coache m’a stupéfié, en sorte que chaque fois que j’entends ce cantique, je revois cet épisode.
— Un autre souvenir ?
— Une semaine environ après a eu lieu la conquête de la sacristie, où se trouvaient quelques dames entourant l’abbé Jean-Robert Armogathe, vicaire de la paroisse. Ils se tenaient dans le couloir qui mène à la sacristie. Je me trouvais en compagnie de quelques jeunes d’Henri IV préparant « corniche » (mais, ne jouons pas les matamores, j’étais plutôt en arrière). Chaque groupe – eux d’une part, nous d’autre part – récitait son chapelet mais n’en était pas au même mystère… Ambiance tendue et électrique. Un faux (?) mouvement a déclenché une bagarre, nous les avons poussés vigoureusement. Bref ! Ils ont été expulsés par la porte qui mène au presbytère. Nous ne pouvions pas ne pas conquérir la sacristie, où se trouvaient le tableau électrique et le chauffage…
— Cette expérience vous a-t-elle marqué profondément ?
— Je suis entré à la Fraternité Saint-Pie X grâce à Saint-Nicolas, qui a donc joué un rôle capital dans ma vie. Je me rendais tous les dimanches à cette église pour aider au service d’ordre et, de ce fait, j’assistais aux messes. Mais pour ma messe dominicale, je me rendais le soir, comme d’habitude, dans une belle chapelle où je servais la messe de Paul VI en latin, célébrée face à Dieu par un prêtre qui prêchait une bonne doctrine. L’assistance, même plus ou moins involontaire, à la messe traditionnelle a fini par me convaincre de sa valeur irremplaçable.

Propos recueillis par Anne Le Pape

[Matteo Matzuzzi - Il Foglio] Les Lefebvristes à la maison

SOURCE - Matteo Matzuzzi - Il Foglio - 24 février 2017

All’Esquilino deviendra le Centre d’Etude de la FSSPX. Un accord est proche. Le rôle du pape a été décisif.
Rome. La fracture entre la Fraternité Saint-Pie X (lefebvriste) et le Saint-Siège va être résorbée. L'accord pour la création d'une prélature personnelle –garantie d’une large autonomie de gestion et pastorale - est maintenant à portée de main. La négociation en vue de l’achat par Ecône du complexe de Santa Maria Immacolata all'Esquilino, non loin du Latran, confirme que le processus de négociation –lent et complexe– entre dans une phase de résolution positive. L'église néo-gothique, construite à la fin du XIXe et au début du XXe siècle pour les Frères de la Charité, est déjà flanqué d'un bâtiment occupé ces dernières années par une école élémentaire et un collège. Selon les informations du Foglio, cela deviendra un centre d'étude et, dans une deuxième phase, selon toute vraisemblance, le siège de la Maison générale lefebvriste. Le Pape serait intervenu directement pour accélérer le tout, via Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei. Mgr Bernard Fellay (Supérieur de la FSSPX), Mgr Alfonso de Galarreta et l'Assistant Général l’abbé Alain Nely, auraient séjourné du 17 au 20 janvier, à Sante Marthe. La Supérieure des Sœurs de la Fraternité a également assisté aux pourparlers. L’abbé Nely est la personne chargée de finaliser l'achat du complexe.

Fracture entre les Français et les Allemands

Il n’est pas surprenant que François ait un rôle de premier plan dans les négociations. Fellay a rappelé la même que la relation entre Bergoglio et la Fraternité a des racines profondes. «Il nous connaît de l'Argentine. Nous étions en contact avec lui, car un concordat permet aux prêtres étrangers d'obtenir un permis de séjour à condition que l'évêque soit d'accord. Quand nous avons eu des problèmes avec l'évêque local, qui ne voulait pas notre présence, nous avons rencontré le cardinal Bergoglio pour exposer le problème. Sa réponse –a ajouté le Supérieur de la FSSPX il y a un an– était clair: ‘‘Vous êtes catholiques, bien sûr, et vous n'êtes pas schismatiques. Je vais vous aider’’. Et il l'a fait. Il a contacté Rome, il a écrit au gouvernement une lettre en notre faveur». Plus tard, en tant que Pape, à l'occasion du Jubilé extraordinaire de la miséricorde, il a accordé aux fidèles qui fréquentent "pour diverses raisons" les églises desservies par des prêtres de la Fraternité, de recevoir valablement et légalement l'absolution sacramentelle de leurs péchés. Les pouvoirs ont été étendus au-delà la période du Jubilé "en faisant confiance à la bonne volonté de leurs prêtres pour récupérer la pleine communion dans l'Eglise catholique." Des problèmes restent cependant. Surtout du fait de la variété de la réalitié interne des lefebvristes. La situation est à peu près celle de 2012, quand Mgr Fellay, de façon surprenante, a décidé de rejeter la main tendue par Benoît XVI, et de ne pas accepter les conditions théologiques qu’imposait Ratzinger pour conclure les négociations. Un facteur décisif a été la fracture entre la zone allemande de la fraternité et la zone française. S’il n’avait tenu qu’aux membres de la première, la FSSPX serait retournée à la Communion avec Rome il y a cinq ans. Les questions sur la table ont été jugées résolubles, et n’empêchent pas l'accord. La victoire, cependant, est sur les Français, beaucoup moins disposés à faire des compromis. Fellay semble prêt à sortir de l'impasse, même au prix de pertes douloureuses entre ses fidèles et les prêtres.

[Miguel Ángel Yáñez - Adelante la Fe] FSSPX: L'accord avec Rome: suicide ou espoir?

SOURCE - Miguel Ángel Yáñez - Adelante la Fe - 24 février 2017

Ces derniers jours a surgi une rumeur, qui a un haut degré de probabilité -autant que nous le savons-, selon laquelle la FSSPX aurait déjà acquis –ou serait sur le point de le faire- le siège de la future prélature personnelle à Rome (cf photo), vente pour laquelle le Vatican lui-même serait intervenu, via la Commission pontificale Ecclesia Dei.

Que cette acquisition soit finalement confirmée ou non, ce qui semble certain est qu'il y a une grande attente pour ce qui ressemble à un accord étroit qui serait une nouvelle puissante à travers le monde de l'église.

Personnellement, j’ai un grand enthousiaste que ça se produise. J'ai eu l'honneur et le privilège de rencontrer en personne Mgr Lefebvre en 1989 à Ecône, et il m’a laissé une impression durable. Je crois que l'octroi d’une prélature personnelle serait aussi un acte de justice envers sa personne et son travail, comme Mgr Schneider l’a dit récemment, également. Lequel a aussi dit qu'il était convaincu que l'œuvre fondée par Mgr Lefebvre a fait partie du Plan de la Providence pour sauvegarder la foi.

Bien sûr, ce n’est pas un dogme de foi, et il n’est pas nécessaire d'être totalement d'accord avec tout ce qu'il a fait ou dit, et comme toute œuvre humaine elle aura eu ses réussites et ses échecs (plus des une que des autres, à mon avis), mais je pense que la grande majorité d'entre nous qui nous situons dans le mouvement "traditionnel", nous nous accordons à porter un profond respect pour sa figure, et nous avons envie qu’elle soit officiellement réhabilitée, par cette reconnaissance de la justice et du droit.

Des analyses se succèdent, à chaque fois plus vigouresues, pour et contre cet accord possible, en fonction de plusieurs points de vue: canonique, prudenciel, stratégique – mais elles oublient souvent ce qui est le plus important pour moi, l'argument salut des âmes, celui des fidèles.

Cela n'a aucun sens de rouvrir des discussions maintenant dépassées, mais il faut concéder que les fidèles, simples fidèles qui n'a jamais eu de contact avec le traditionalisme, seraient les principaux bénéficiaires de cette opération. Ils n’ont pas besoin d’être des experts en droit canon ou d’avoir des connaissances pour déterminer quel est l'état de nécessité, ou si la suspension a divinis est valide ou pas, ni toute cette question canonique autour de la FSSPX – débat dans lequel je n’ai pas l'intention d’entrer et que je pense absurde de recommencer en ce moment historique.

Je pense qu’il ne vaut pas la peine d’argumenter contre le fait que la FSSPX accèderait immédiatement à de nombreux fidèles et prêtres, aujourd’hui réticents vu son statut canonique «irrégulier», et cela entraînerait comme effet immédiat que beaucoup plus de gens seront en mesure d'accéder aux sacrements traditionnels et à la saine doctrine, avec la possibilité de sauver plus d'âmes que si elle elle n’est suivie que par un petit groupe d'habitués fidèles. Je pense qu'il y a beaucoup de pauvres prêtres diocésains vivant martyrisés pour leurs évêques qui pourraient être intégrés dans la prélature.

D’un point de vue purement humain, il est incontestable que cela pourrait ressembler à un suicide, mais pas d’un point de vue surnaturel, qui est la valeur que doit avoir le guerrier qui est envoyé à la bataille sans savoir si’l va ou non mourir, mais qui fait confiance à son commandant qui va le conduire à la victoire. La Fraternité Saint-Pierre, dont on disait qu’elle serait détruite rapidement, combat depuis 25 ans, sans évêques, ce qui est un détail à considérer.

On a argumenté que cet accord fera taire la FSSPX, comme d'ailleurs de facto d'autres groupes régularisés. Personnellement, en fait, je n’ai pas peur de cela parce que l'impact serait faible. Il y a 25 ans, quand il n'y avait pas internet, la FSSPX représentait presque la seule organisation qui avait le pouvoir structurel et économique de diffuser des idées à travers des livres, des enregistrements, des conférences. Aujourd'hui, tout cela a été complètement relativisé grâce à l'Internet, et je pense que depuis plusieurs années le vrai poids critique n’est pas porté par la FSSPX ni rien de similaire, ou dans son orbite, mais par les sites des laïcs, beaucoup d'entre eux étant aidé par prêtres à titre individuel.

Voici le temps de l'unité, le temps de l’enthousiasme, et surtot le temps de prier le Saint-Esprit pour nous tous éclairer dans ce combat.

François a apporté une grande détresse, mais –et voilà bien les voies impénétrables du Seigneur- le résultat est que beaucoup de gens ouvrent leurs yeux et, oubliant les vieilles rancunes, commencent à voir comme des frères bataille ceux qu'ils considéraient jusqu'à récemment comme des ennemis.

Nous prions pour cela.

23 février 2017

[Père Louis-Marie de Blignières - Aleteia] Quels sont les rapports entre l’universalité et l’identité dans le christianisme ?

SOURCE - Père Louis-Marie de Blignières - Aleteia - 21 février 2017

Le père de Blignières livre une réflexion pour éclairer la récente controverse entre auteurs catholiques au sujet du catholicisme « identitaire ».
Le plan de salut de Dieu aboutit à une religion dont le nom indique qu’elle est universelle : le catholicisme. Mais il commence par un homme (Abraham), un peuple (le peuple juif), une Loi (celle de Moïse). Dieu se coule dans une culture, et y tolère les rudes mœurs de l’Orient antique. En mettant un groupe singulier à part, il prépare la venue du plus singulier parmi les hommes : Jésus-Christ. La gloire fondamentale du peuple juif est de préparer singulièrement l’avènement de l’ouverture universelle maximale en l’Homme-Dieu (cf. Rm 9, 1-5). « Le monde n’est ouvert qu’à un endroit : en Jésus-Christ » (Romano Guardini, Le Seigneur).
Transcendance de la grâce et identités naturelles
Cette façon d’agir de Dieu manifeste que l’ordre surnaturel n’est réductible à aucun des aspects de l’ordre naturel. Dieu fait élection de tel peuple pour introduire dans le monde, comme un don – non comme le fruit d’un progrès de la civilisation –, le Royaume de la grâce. La grâce, qui ne sort pas de la nature, peut imprégner des formes culturelles diverses, sans rien perdre de sa transcendance. Loin de gommer les identités nationales, la grâce les assume et les purifie… avec plus ou moins de bonheur, en fonction de l’harmonie plus ou moins grande de cette civilisation avec la loi naturelle. Ainsi « la rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’est pas un hasard » (Benoît XVI, Discours à Ratisbonne, 17 septembre 2006).
     
Quand saint Paul dit : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), l’égalité qu’il évoque se réalise dans le Christ Jésus. Il ne nie pas les différences et la complémentarité entre l’homme et la femme (cf. 1 Co 11, 3-9 ; Ep 5, 23). Et l’égalité fondamentale des Juifs et des Grecs ne s’oppose pas au fait d’assumer leur diversité culturelle : « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la Loi, comme si j’étais sous la Loi, afin de gagner ceux qui sont sous la Loi » (1 Co 9, 20-21).
L’enseignement du Christ et de saint Paul
Le Christ affirme que l’ordre naturel est pleinement assumé par lui. « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5, 17), notamment le Décalogue, avec son quatrième commandement qui inculque la piété envers les parents et la patrie.
      
« Ce commandement implique et sous-entend les devoirs des parents, tuteurs, maîtres, chefs, magistrats, gouvernants, de tous ceux qui exercent une autorité sur autrui ou sur une communauté de personnes. […] Le quatrième commandement de Dieu nous ordonne aussi d’honorer tous ceux qui, pour notre bien, ont reçu de Dieu une autorité dans la société. Il éclaire les devoirs de ceux qui exercent l’autorité comme de ceux à qui elle bénéficie. […] L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité » (Catéchisme de l’Église catholique, nn° 2199, 2234 et 2239).
      
La vertu de piété, annexe de la justice, si importante dans le monde antique, n’est donc nullement abolie par la révélation. « Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui. […] À qui l’impôt, l’impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur » (Rm 13, 1 et 7).
     
« L’homme est constitué débiteur à des titres différents vis-à-vis d’autres personnes, selon les différents degrés de perfection qu’elles possèdent et les bienfaits différents qu’il en a reçus. […] Après Dieu, l’homme est surtout redevable à ses père et mère et à sa patrie. […] Dans le culte de la patrie est compris le culte de tous les concitoyens et de tous les amis de la patrie. C’est pourquoi la piété s’étend à ceux-là par priorité » (Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, 2a 2æq. 101, a. 1).
La manière d’agir du Christ
Jean-Baptiste, le Précurseur, s’inscrit dans l’ordre de la société de son temps. Aux collecteurs d’impôts et aux soldats, il ne recommande pas de sortir violemment des « structures de péché », ni de se retirer au désert comme les esséniens, mais d’accomplir avec justice la mission qui leur est confiée (cf. Lc 3, 12-14).
     
Le Christ, tout en prêchant un Royaume qui ne tire pas son origine de ce monde (cf. Jn 18, 36), recommande l’obéissance aux autorités et le paiement de l’impôt ; il pratique le respect des coutumes de son peuple ; il observe l’intégrité d’une Loi à la fois religieuse, culturelle et politique ; il aime sa famille, ses concitoyens et sa patrie, sur laquelle il a pleuré (cf. Lc 19, 41).
     
« [Le Christ] a pris part aux noces de Cana, il s’est invité chez Zachée, il a mangé avec les publicains et les pécheurs. C’est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l’existence la plus quotidienne, qu’il a révélé aux hommes l’amour du Père et la magnificence de leur vocation. Il a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. Il s’est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie même d’un artisan de son temps et de sa région » (Vatican II, Gaudium et spes, n° 32).
     
Jésus reconnaît le pouvoir des autorités de l’occupation romaine (cf. Lc 20, 25 et Jn 19, 11). Beaucoup de dignitaires de bonne volonté, civils, militaires et religieux, jalonnent l’histoire de sa vie publique, comme celle de Pierre et de Paul. Alors qu’il introduit la religion universelle, Jésus donne un bel exemple d’inculturation.
La grâce élève la nature dans toutes ses dimensions
La grâce ne détruit donc pas la nature ! Elle la purifie et s’en sert comme d’un instrument, dans toutes ses dimensions : famille, cité, profession, amitiés. Dans le recrutement des apôtres, les liens de famille ou de travail ont joué un rôle. André et Simon sont frères. Philippe est de leur ville, Bethsaïda. Jacques et Jean sont frères et associés professionnels de Simon. Le premier miracle a lieu lors d’une noce, fête par excellence de la famille et du village en Orient. Jésus est lié d’une amitié singulière avec une famille : celle de Lazare qu’il ressuscitera et de Madeleine qui sera témoin et apôtre de sa résurrection.
     
Dans le processus des conversions au christianisme, il y a souvent une préparation par l’amour conjugal, l’amitié, les œuvres, les courants philosophiques, les arts, les réalisations politiques ou sociales – véhiculés par la culture du futur converti. Les chrétiens doivent-ils se monter plus puristes que l’apôtre Paul sur ce chemin vers la foi que peut constituer l’amour de l’homme et de la femme (cf. 1 Co 7, 12-14)?
     
On est impressionné par la variété des médiations naturelles que la grâce de Dieu daigne utiliser pour favoriser les conversions. Le grégorien et les primitifs italiens pour Willibrod Verkade (1863-1946) ; les processions de la Fête-Dieu pour Francis Jammes (1868-1938) ; Fra Angelico pour Henri Ghéon (1875-1944) ; l’attitude des catholiques devant la mort et la cohérence de la position catholique sur le magistère pour Kenyon Reynolds (1892-1989) ; la beauté de la messe et l’abnégation des chrétiens dans les bombardements de Londres pour Fred Copeman (1907-1983) ; la mosaïque de Côme et Damien pour Thomas Merton (1915-1968) ; la lecture de Maurras, Barrès et Bergson pour Henri Massis (1886-1970).
Refuser un fidéisme inhumain
S’indigner de ces cheminements comme de marques de duplicité, c’est insinuer que l’Évangile abolit la loi naturelle, qu’il balaye toutes les différences issues de cet ordre. C’est dénier le droit au Saint-Esprit d’utiliser des « signes de crédibilité » pour pénétrer les cœurs de la grâce de la foi. C’est oublier que « l’Église, à cause […] de son inépuisable fécondité en tout bien […], est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine » (Vatican I, Constitution dogmatique sur la foi). C’est glisser vers le fidéisme, comme si la foi ne pouvait être préparée par des signes extérieurs. Il y a là quelque chose d’inhumain.
     
Ce qui s’est passé dans l’histoire des hommes, depuis la venue du Christ, est bien différent : les diverses cultures, en entrant au contact du christianisme, ne se sont pas volatilisées!
     
« Les chrétiens, venus de tous les peuples et rassemblés dans l’Église, “ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par leur façon de se comporter dans la cité” (Épître à Diognète) ; aussi doivent-ils vivre pour Dieu et le Christ selon les usages et le comportement de leur pays, pour cultiver vraiment et efficacement en bons citoyens l’amour de la patrie, pour éviter cependant de manière absolue le mépris à l’égard des races étrangères, le nationalisme exacerbé, et promouvoir l’amour universel des hommes. […] Toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée, la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des nations, seront assumées dans l’unité catholique » (Vatican II, Ad gentes, nn° 15 et 22)
     
L’irruption du Royaume de Dieu dans l’histoire fait mesurer aux civilisations et leur valeur, et leur relativité. Elle n’enlève aux cultures, dans leur diversité, rien de ce qui est juste ou même indifférent pour le salut éternel des hommes. « Il n’enlève pas les royaumes temporels, celui qui donne les royaumes célestes » (Vêpres de la fête de l’Épiphanie).
     
L’homme est complexe, il est corporel et spirituel, et sa spiritualité elle-même est incarnée. La vie chrétienne sort (par les sacrements) de l’âme et du corps de Jésus-Christ, qui a pris toute notre humanité. Cette vie investit toute notre propre humanité. C’est ce que Charles Péguy suggère dans Ève : « Car le surnaturel est lui-même charnel / Et l’arbre de la grâce est raciné profond / Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond / Et l’arbre de la race est lui-même éternel. »