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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

1 juillet 2016

[Pierre Wolf-Mandroux - La Croix] Mort de Maurice Cantor, ancien prêtre dissident de Vatican II

SOURCE - Pierre Wolf-Mandroux - La Croix - 30 juin 2016
Ancien prêtre catholique, Maurice Cantor avait quitté l’Église après Vatican II. Fondateur d’une Église chrétienne « autocéphale » en Normandie, il est mort à 94 ans.

Maurice Cantor, fondateur de l’Église « autocéphale » Sainte-Marie du Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), près de Rouen, est mort à 94 ans, a précisé le site de son Église. Sa messe d’inhumation sera célébrée le 1er juillet à l’église Sainte-Marie.

Né au Havre en 1921, il étudie à l’Institution Saint-Joseph du Havre. Il entre chez les moines bénédictins de Saint-Wandrille en 1940 et est ordonné prêtre en 1948. Il se retrouve ensuite dans diverses paroisses de la région de Dieppe.
« Guérisseur charismatique »
Il se fait alors connaître par ses dons de guérisseur charismatique, selon le P. Bernard Vignot, auteur de plusieurs livres sur les Églises parallèles.

Mécontent des orientations du concile Vatican II, Maurice Cantor démissionne de l’Église catholique en mai 1964, dans une lettre à Mgr Joseph-Marie Martin, archevêque de Rouen : « Je désire fonder une communauté de tradition catholique ouverte à tous sans exclusion et fidèle à la messe catholique traditionnelle en latin. »

Grâce aux soutiens de ses fidèles, il construit la chapelle Sainte-Marie au Mont-Saint-Aignan, où il célèbre la messe selon le rite de saint Pie V. En 1964, il est excommunié, ainsi que les prêtres qui l’ont suivi.
Prêtres mariés
Le site de l’Église Sainte-Marie précise que cette Église gallicane « de tradition catholique » ordonne prêtres des hommes mariés, « selon la tradition apostolique ». Elle donne aussi aux divorcés remariés la possibilité d’accéder aux sacrements. Des guérisons spirituelles y sont aussi pratiquées, et le culte de sainte Rita développé.

Cette église attire un nombre de fidèles substantiels, selon le P. Bernard Vignot. En 2011, dans son livre sur Le phénomène des Églises parallèles, celui-ci rappelait que les baptêmes célébrés par l’Église Sainte-Marie sont valides. Mais ces personnes baptisées ne peuvent avoir accès aux autres sacrements sans avoir posé un acte de pleine communion avec l’Église catholique, consécutif à un temps de catéchèse.
Mariages nuls et invalides
En 1999, le P. Pierre Choquet, vicaire général du diocèse de Rouen, précisait aussi que « les sacrements célébrés à la Chapelle Sainte-Marie le sont dans des conditions irrégulières aux yeux de l’Église catholique. En particulier, les mariages sont nuls et invalides ».

Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen s’est déclaré attristé par la mort de Maurice Cantor, rapporte Normandie-Actu. « C’est pour nous un chrétien. Devant la mort, nous ne pouvons que le confier à la miséricorde de Dieu, en toute amitié ».
 
Pierre Wolf-Mandroux

[Radio Vatican] Mgr Pozzo: le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X se poursuit

SOURCE - Radio Vatican - 1er juillet 2016

(RV) Entretien- Le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X se poursuit, la porte n’est pas fermée. Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale "Ecclesia Dei" s’exprimait suite aux déclarations de Mgr Fellay, publiées le 29 juin dernier en la solennité des saints Pierre et Paul. Dans un communiqué, le supérieur général de la fraternité, séparée de Rome depuis 1988, souligne que « la reconnaissance canonique de l’Église n’est pas prioritaire».

Il évoque également, dans ce texte rendu public à l’issue de la réunion des supérieurs majeurs de la fraternité qui s’est tenue du 25 au 28 juin, « une grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Église ». Pour Mgr Pozzo, il n’y a rien de nouveau en ce qui concerne « les positions déjà bien connues de la fraternité, au sujet de la situation de l’Église aujourd’hui ». Tout en rappelant que « la reconnaissance canonique du Saint-Siège est une condition essentielle pour qu’une œuvre catholique soit en pleine communion ecclésiale », le secrétaire de la Commission pontificale "Ecclesia Dei" précise que, le Pape François, comme son prédécesseur Benoît 16 a à cœur l’unité de l’Église. Le travail continue, mais « il reste des problèmes à résoudre, à affronter ».

Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale "Ecclesia Dei", est interrogé par Marie Duhamel. 

Mgr Bernard Fellay avait été reçu par le Pape François au Vatican le 1er avril dernier. Le lendemain il avait rencontré Mgr Pozzo, qui avait évoqué une rencontre « très cordiale et constructive ».

Depuis le schisme de Mgr Lefebvre, les relations sont rompues entre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et le Vatican, mais les contacts se sont multipliés ces dernières années, en particulier sous l'impulsion du Pape Benoît XVI. A l’occasion de l’année de la miséricorde, le Pape François a établi « que ceux qui, au cours de l’Année sainte, s’approcheront, pour célébrer le sacrement de la réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés ». La Fraternité Saint-Pie-X avait alors salué le « geste paternel » du Saint-Père.
               
Retranscription de l'interview de Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale "Ecclesia Dei"
               
La commission Ecclesia Dei ne considère pas cette déclaration comme une porte fermée au dialogue. Mais il semble que le communiqué n’entre pas dans le détail des questions concrètes qui sont l’objet d’examen et de dialogue entre la Commission et la Fraternité Saint-Pie X. Le dialogue sur ces questions concrètes doit donc se poursuivre.
Comment interprétez-vous ce communiqué?
Il ne dit rien de nouveau au regard de positions déjà bien connues de la fraternité, au sujet de la situation de l’Église aujourd’hui.
  
Je peux éventuellement ajouter que lorsqu’on se réfère au manque de reconnaissance canonique, que la fraternité ne considère pas comme primordiale en ce moment, et bien, je peux dire que la reconnaissance canonique du Saint-Siège est une condition essentielle pour qu’une œuvre catholique soit en pleine communion ecclésiale, selon le Droit (canon). Cette reconnaissance n’existe pas encore, mais nous travaillons à cette fin.
Benoît XVI tenait beaucoup à ce travail afin de parvenir à l’unité avec la fraternité Saint-Pie X. Le Pape François est-il dans la même optique?
Oui, absolument. Le Pape François a l’unité de l’Église à cœur, ainsi que toute ce qui peut y contribuer. Il est disponible, et cela, je le crois, a été perçu par Mgr Fellay. Mais nous ne pouvons nier qu’il reste des problèmes à résoudre, à affronter.
Donc, de la part du Saint-Siège et de votre commission Ecclesia Dei, il y a ouverture et fermeté…
La fermeté porte sur ce qui est essentiel pour être catholique. De ce point de vue, il n’y a aucun changement. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse ici de fermeté. On parle juste d’affronter les problèmes et de les résoudre, de les résoudre ensemble. L’ouverture est dans ce sens. Nous avons identifié les questions à traiter, nous sommes en train d’y travailler, il faudra du temps, ainsi qu’une disponibilité réciproque.

(HD-MA-SB-OB avec I-media)

[Mgr Fellay - Salzburger Nachrichten - via DICI] «L’Eglise catholique est la seule vraie»

SOURCE - Mgr Fellay - Salzburger Nachrichten - via DICI - 1er juillet 2016

Mgr Bernard Fellay a accordé un entretien au journal autrichien Salzburger Nachrichten du 21 juin 2016. Voici un large extrait où le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X expose les points doctrinaux qui sont l’objet des discussions théologiques avec Rome.

(…)

Benoît XVI était un théologien, François pense plus de façon pastorale. Est-ce un progrès en ce qui concerne la Fraternité Saint-Pie X ?

– Benoît XVI faisait très attention à la doctrine. François regarde plus les personnes. Il voit peut-être même, ici ou là, la doctrine comme un obstacle. Pour nous, ce qui est important c’est que les choses se développent selon ce qui est juste et ce qui est vrai. Nous nous sommes toujours considérés comme catholiques. Si cela est finalement reconnu, c’est bien.

Le point crucial est le concile Vatican II : la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité des évêques. Y a-t-il des éclaircissements sur ces sujets ? Ou est-ce qu’ils ne sont pas nécessaires ?

– Je crois que la position actuelle du Saint-Siège, et en particulier de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, découle des discussions intensives menées depuis 2009. Beaucoup de choses ont ainsi été éclaircies.

Nous avons effectivement des objections sur les trois points que vous rappelez. Mais aujourd’hui beaucoup de catholiques vont bien plus loin que les textes du Concile, tout en se référant à l’esprit du Concile. Rome reconnaît que notre position sur de nombreux points est juste.

Qu’est-ce que l’on entend par liberté religieuse ?

– Quelqu’un qui affirme aujourd’hui que l’Etat n’aurait rien à voir avec Dieu et qu’il n’aurait aucun devoir envers Dieu, est en opposition avec l’enseignement de l’Eglise. La notion de liberté religieuse signifie, si on veut la comprendre correctement, que personne ne peut imposer une religion contre la conscience d’autrui. Personne ne peut forcer quelqu’un à recevoir le baptême. Personne ne peut obliger autrui à faire quoi que ce soit contre sa conscience.

Ainsi le Concile dit que chaque individu est libre de choisir, selon sa conscience, une certaine religion.

– Le concile Vatican II dit expressément que les hommes doivent chercher la vérité et s’y attacher. Mais il nie ce principe pour l’Etat : celui-ci devrait accorder la liberté à toutes les religions, et ne pourrait ni en empêcher ni en limiter aucune, pas même les fausses. Et cela en raison d’un droit naturel. Au contraire, le Magistère traditionnel de l’Eglise enseigne que l’Etat peut tolérer des fausses religions, mais ces dernières ne peuvent se prévaloir d’un droit naturel.

Et en ce qui concerne l’Eglise, elle a le devoir, toujours et partout, d’annoncer la Vérité aux hommes et de les conduire à la Vérité. L’Eglise catholique est la seule vraie religion, la seule qui peut sauver les hommes. C’est pour cela qu’elle est missionnaire.

Si quelqu’un se tourne vers une autre religion, est-il dans l’erreur ?

– Absolument.

Qu’est-ce que l’on entend par œcuménisme pour les chrétiens ?

– Si par œcuménisme on comprend que tous les chrétiens doivent retrouver le chemin de l’Eglise, alors nous sommes aussi pour l’œcuménisme. Nous prions pour l’unité des chrétiens. Mais croire que chacun peut se sauver comme bon lui semble, là nous disons non, ce n’est pas l’enseignement de l’Eglise. En ce sens, nous sommes contre l’œcuménisme.

Quel est le problème avec la collégialité épiscopale ?

– Le pape Paul VI a ajouté exprès au texte du Concile une note explicative complémentaire : aucun évêque ne peut revendiquer le droit de participer à la direction de l’Eglise, s’il n’est pas avec le pape et sous le pape. Le pape seul décide si quelqu’un a quelque chose à dire sur l’Eglise avec lui, et qui. Il est le monarque. Affirmer que les évêques auraient une quelconque légitimité démocratique, est absolument faux. Cela contredit l’enseignement de l’Eglise. Mais aujourd’hui, ce point est complètement ignoré de la plupart des dignitaires ecclésiastiques. (…)

(Source : Salzburger Nachrichten – Traduction de l’allemand DICI n°338 du 01/07/16)

30 juin 2016

[Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique] Il n’y a pas que la messe - Les raisons d’une incompréhension

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique - 30 juin 2016
Ma chronique précédente La guerre liturgique se réveille en France ! m’a valu les sévères remontrances de Madame L. « Je me sens profondément blessée et comme insultée par votre façon de considérer les membres de notre clergé (…) Pour en connaître un bon nombre, et ayant un fils séminariste, je vous prie de croire que vos jugements, émanant de personnes aussi éminentes soient-elles, ne m’empêcheront jamais de les respecter, de les aimer et de les admirer pour la charité, la foi, la rigueur intellectuelle, la vie de prière dont ils témoignent…je ne suis pas certain que vous oseriez dire en face à ces nombreux prêtres fervents ce que vous écrivez, en particulier l’analyse de Pierre Chaunu. » Si j’ai blessé Madame L., je le regrette sincèrement mais l’analyse de Pierre Chaunu, effectivement très critique sur le clergé des années 70 en France, ne me semble pas sans fondements. Qu’il me soit permis de l’étayer de quelques faits généraux ou ayant trait au diocèse de Rennes où j’ai passé mon adolescence.
Quelques faits
À partir de 1969, il a été enseigné comme rappel de foi indispensable, sous le patronage de la conférence des évêques de France, dans le célèbre Nouveau missel des dimanches à fleurs, en commentaire de l’épître aux Hébreux et comme définition parfaitement protestante de la messe : « Il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli. »

Où est la rigueur intellectuelle quand, dans le Credo, « consubstantialem » est traduit par « de même nature » ? La substance et la nature sont deux notions pourtant bien différentes.

C’est par la violence, en quelques mois, qu’a été imposée, en 1969, la célébration du nouvel Ordo de la messe.

Le Père Gagneux, dominicain du couvent de la rue de Brizeux à Rennes, avait obtenu l’autorisation de célébrer la messe selon l’antique rite dominicain à condition que cette célébration ait lieu à 5 heures du matin et sine populo. Les familles qui s’étaient repliées sur la messe dominicale de 8 h 30 à Saint-Germain, où se célébrait la messe selon la forme ordinaire mais avec le kyriale en latin, se voyaient régulièrement admonestées par le célébrant lorsque le communiant voulait recevoir l’hostie sur la langue : « Tendez-la main ! » Il y eut aussi les coups de pied dans les jambes pour faire se lever ceux qui souhaitaient communier à genoux.

Ce fut également l’époque de l’introduction de la mixité dans les établissements scolaires diocésains par la fusion, entre autres, des établissements Saint-Vincent et La Providence. Ce qui devait arriver arriva et rapidement le directeur, un prêtre, disparut avec une élève pendant que le préfet de discipline, un autre prêtre, se faisait remarquer par son assiduité à inspecter les camions de médecine scolaire lorsque les jeunes filles y étaient convoquées pour une radiographie des poumons. N’oublions pas les religieuses en larmes parce qu’elles n’arrivaient pas à se faire respecter de grands escogriffes qui faisaient trente centimètres de plus qu’elles.

En 1987, il était toujours impossible de se marier en bénéficiant, pour la messe, de la forme extraordinaire du rite romain pourtant célébrée par un prêtre du diocèse de Rennes, oncle de la future mariée, détaché auprès d’un prestigieux établissement scolaire parisien. L’argument de l’évêque d’alors, Mgr Jullien, ancien curé de Saint-Louis à Brest, où de sa voix de stentor il fustigeait les nouveaux pharisiens qui faisaient une génuflexion avant de communier, était imparable : « Si je donne l’autorisation il y aura d’autres demandes. » Accordons à Mgr d’Ornellas qu’il autorisa en 2007 la messe d’enterrement de mon père selon la forme extraordinaire du rite romain en l’église … Saint-Germain.

Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Que madame L. se rassure. Tout est pardonné et était même oublié jusqu’à ce que Mgr d’Ornellas ne fasse remonter à la surface ces souvenirs douloureux mais apaisés. Je ne reproche rien à monseigneur de Rennes de ces événements dans lesquels il n’a aucune part de responsabilité, cependant il faudra bien que l’épiscopat français, toujours en mal de repentance, se repente un jour de ce qu’il a fait subir à trop de prêtres et de laïcs dont le seul crime était la fidélité.
À Rennes, le combat continue.
Les lettres de Mgr d’Ornellas aux fidèles de Saint-François des 19 et 22 juin sont un sommet d’hypocrisie épiscopale. « J’aime tous les catholiques du diocèse (…) Je n’ai pas de double langage, même si une communication non maîtrisée a pu laisser penser le contraire ». Qu’en termes délicats ces choses là sont dites ! Or la sagesse populaire affirme qu’il n’y a pas d’amour mais que des preuves d’amour. Et ces preuves font cruellement défaut. En effet, Mgr d’Ornellas ne prend aucun engagement sur la pérennité de la présence de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP) comme desservant de la chapelle Saint-François. La seule chose acquise est que la messe selon la forme extraordinaire sera célébrée le dimanche par une équipe de prêtres du diocèse qui officieront à tour de rôle. Pas une raison n’est avancée pour justifier ce changement. Il n’est rien reproché à l’ICRSP ni au chanoine Cristofoli, bien au contraire. Nous sommes en plein arbitraire épiscopal.

En 2007, lors de son arrivée comme archevêque de Rennes, Mgr d’Ornellas avait ordonné deux prêtres. En 2016, après dix années d’épiscopat, il ordonnera un seul prêtre. Il est des signes plus évidents de réussite apostolique… Dans le même temps, la paroisse Saint-François aura la joie, cette année, de voir ordonné un de ses anciens paroissiens, mais au titre de l’Institut du Christ-Roi et non du diocèse. Chaque année, de manière régulière, cette communauté de sept cents personnes fournit des vocations qui ne rejoignent pas le séminaire diocésain. Clin d’œil malicieux de la Providence, Mgr Aumonier a ordonné en 2016 quatre prêtres à Versailles, dont un religieux, alors que l’église Saint-Louis du Port-Marly, communauté de mille cinq cents fidèles, verra aussi quatre de ses anciens paroissiens ordonnés prêtres pour l’éternité par le cardinal Burke. Ainsi, des communautés quasi insignifiantes numériquement sont à l’origine d’autant de vocations que des diocèses qui furent florissants. En 2016, il y aura eu a priori quatre-vingt quatre ordinations de Français selon la forme ordinaire, dont cinq pour la communauté Saint-Martin, et vingt et un selon la forme extraordinaire du rite romain (Institut du Bon Pasteur, Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, ICRSP, FSSPX). Ainsi, dans l’Église de France, les deux millions de paroissiens ordinaires (3% de 66 millions d’habitants) fournissent quatre fois plus de prêtres que les 100 000 paroissiens extraordinaires (5% des deux millions de pratiquants réguliers). Une communauté « extraordinaire » est donc, en terme de vocations, cinq fois plus « féconde » qu’une communauté « ordinaire ». Par quel miracle est-ce possible ? A-t-on entendu nos évêques s’interroger sur cette question ? À ma connaissance non.

Il semblerait plutôt que certains aient pris ombrage de cette situation et aient décidé de procéder à une normalisation du type : L’ordre règne à Varsovie. La réflexion est, peut-être, que si ces communautés un peu à la périphérie venaient à dépendre plus directement de l’autorité diocésaine, les vocations qui en sont issues, sans oublier les quêtes car ces fidèles sont généreux, se dirigeraient alors vers le diocèse. Il s’agit là d’une grossière erreur d’analyse. En effet, l’attachement, exclusif, à la messe traditionnelle n’est pas un hochet ou un gri-gri qui agirait automatiquement, ex opere operato. Il y a la messe dominicale bien sûr mais il y a aussi selon l’heureuse expression de Mgr Brouwet, évêque de Lourdes, « tout ce qui va avec ». C’est-à-dire : la prédication, la messe en semaine, les dévotions du premier vendredi du mois, les confessions, les vêpres et les saluts du Saint-Sacrement, la récitation du chapelet, le catéchisme, le scoutisme, la formation intellectuelle des jeunes, les visites aux malades, la célébration des funérailles, la direction spirituelle, etc. Pour cela, selon la belle prière pour obtenir des vocations sacerdotales et religieuses, il faut « des prêtres qui aiment les âmes, les pauvres et la croix ». Ce sont eux qui feront naître, par leur rayonnement personnel et leur configuration chaque jour plus réelle au Christ crucifié, les vocations dont l’Église et le monde ont besoin. Cette concession d’une simple messe dominicale, sans pasteur attitré, est pire qu’une maladresse elle est une marque de mépris. Il existait, paraît-il, un enseignement du mépris, il existe toujours une pratique épiscopale du mépris.
Un enjeu pour l’Église
C’est une image d’intolérance et de sectarisme que renvoie le primat de Bretagne à l’heure du dialogue interreligieux et de l’ouverture tous azimuts. Quel malheur qu’il n’y ait pas parmi les paroissiens de Saint-François plus d’homosexuels et de divorcés remariés. Toutes les portes de la cathédrale leur seraient grand ouvertes. S’il y avait en plus quelques musulmans ce serait parfait. Mais au-delà du cas rennais et de son caractériel pasteur c’est toute l’Église de France qui est interpellée. Les catholiques de France qui désirent vivre paisiblement leur foi selon les méthodes et la spiritualité qui ont sanctifié leurs anciens seront-ils éternellement des parias et des citoyens de seconde zone nonobstant le motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI ?

Déjà, en 1964, Jean Madiran s’interrogeait : « Sommes-nous donc des chiens ? » Il apostrophait ainsi collégialement les évêques de France. Aujourd’hui certains, pas tous, méritent encore cette interpellation : « Ils sont juchés sur un immense désastre spirituel, les vocations taries, les séminaires intellectuellement à l’abandon, les chrétiens divisés, le peuple déchristianisé et généralement les pauvres, au lieu d’être évangélisés, les pauvres couverts de leur mépris, de leurs crachats, même pas reconnus. Ils sont les puissants, les maîtres, les administrateurs, les installés de ce désastre spirituel sans précédent peut-être dans l’histoire de l’Église de France. Et pour défendre l’arbitraire et l’abus de leur puissance ils n’ont pas une explication, une motivation, une analyse, une argumentation, une justification, pas une qui puisse résister au feu de la critique, au crible d’un débat contradictoire, à l’épreuve d’une confrontation avec les faits et ils le savent. Ah ! Non, de personne à personne ce n’est pas leur mépris qui nous chagrine, c’est leur approbation qui nous épouvanterait. »

Jean-Pierre Maugendre

[La Croix] Le Vatican estime que les lefebvristes n’ont pas fermé la porte aux discussions

SOURCE - La Croix - M.M avec I.Media - 30 juin 2016

Au lendemain des déclarations du supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) semblant écarter la recherche d’un rapprochement avec Rome, Mgr Guido Pozzo, en charge des discussions avec les traditionalistes, a indiqué jeudi 30 juin à l’agence I.Media ne pas y voir une « porte fermée ».

Publié le 29 juin, jour de la fête des saints Pierre et Paul, le communiqué de Mgr Bernard Fellay a clos quatre journées de réunion avec les plus hauts responsables de la Fraternité Saint-Pie X. Dans cette note, il évoque « la grande et douloureuse confusion qui règne actuellement dans l’Eglise » et déplore les « erreurs » doctrinales « malheureusement encouragées par un grand nombre de pasteurs, jusqu’au pape lui-même».

La Fraternité séparée de Rome depuis 1988 assure qu’elle « ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique » et confie prier et faire pénitence « pour que le pape ait la force de proclamer intégralement la foi et la morale».

Ces déclarations ont été perçues par les observateurs comme un véritable coup d’arrêt aux discussions en cours, alors que le dialogue semblait avoir repris autour d’une possible reconnaissance et que le pape François avait même reçu au Vatican Mgr Fellay en avril dernier.

Interpellé par l’agence romaine I.Media, Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, en charge des relations avec la Tradition, relève néanmoins que les reproches d’Écône sont « déjà connus » et il semble ne pas s’inquiéter outre mesure pour l’avenir des discussions avec les représentants de la FSSPX.
Déclarations « prévisibles » et « attentistes »
« Certaines de ces déclarations sont prévisibles, dans le sens où ils ont toujours dit cela, et d’autres sont attentistes dans le sens où ils n’entrent pas dans le détail des questions qui font actuellement l’objet des discussions et dont nous devons encore parler», juge-t-il.

Le communiqué de la fraternité traditionaliste, juge encore avec prudence Mgr Pozzo, « n’est pas un acte négatif, mais il n’annonce pas non plus une solution imminente aux questions en cours ». En tout cas, ajoute-t-il, il ne s’agit « absolument pas d’une porte fermée».

Concernant les « erreurs » encouragées par le pape, Mgr Pozzo assure qu’il est certainement fait référence à l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia sur la famille et en particulier « au point sur les divorcés remariés, dont l’interprétation est d’ailleurs assez controversée ». Les discussions entre Rome et Écône devraient reprendre après l’été.