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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

23 juillet 2017

23 janvier 1955 [Paul Claudel - Le Figaro] "protester de toutes mes forces contre l’usage... de dire la messe face au public"

SOURCE - Paul Claudel - Le Figaro - 23 janvier 1955

Je voudrais protester de toutes mes forces contre l’usage qui se répand en France de plus en plus de dire la messe face au public.

Le principe même de la religion est que Dieu est premier et que le bien de l’homme n’est qu’une conséquence de la reconnaissance et de l’application dans la vie pratique de ce dogme primordial.

La messe est l’hommage par excellence que nous rendons à Dieu dans le sacrifice que le prêtre Lui fait en notre nom sur l’autel de Son Fils. C’est nous derrière le prêtre et ne faisant qu’un avec lui qui allons vers Dieu pour lui offrir hostias et preces. Ce n’est pas Dieu qui vient se proposer à nous comme à un public indifférent pour nous rendre témoins à notre plus grande commodité du mystère qui va s’accomplir.

La liturgie nouvelle dépouille le peuple chrétien de sa dignité et de son droit. Ce n’est plus lui qui dit la messe avec le prêtre, qui la « suit », comme on dit très justement, et vers qui le prêtre se retourne de temps à autre pour s’assurer de sa présence, de sa participation et de sa coopération, dans l’œuvre dont il s’est chargé en notre nom. Il n’y a plus là qu’une assistance curieuse qui le regarde travailler de son métier. Les impies ont beau jeu de la comparer à un prestidigitateur qui exécute son numéro au milieu d’un cercle poliment émerveillé.

Il est bien certain qu’avec la liturgie traditionnelle une grande partie touchante, émouvante, du Saint Sacrifice échappe au regard des fidèles. Elle n’échappe pas à leur cœur et à leur foi. Cela est si vrai que pendant tout l’Offertoire, au cours des grand-messes solennelles, le sous-diacre au pied de l’autel se voile le visage de la main gauche. Nous aussi, nous sommes invités alors à prier, à rentrer en nous-mêmes, et non pas à la curiosité, mais au recueillement.

Dans tous les rites orientaux le miracle de la transsubstantiation s’accomplit hors de la vue des fidèles, derrière l’iconostase. Ce n’est qu’ensuite que l’Officiant apparaît sur le seuil de la Porte sacrée, le corps et le sang du Christ entre les mains.

Un reste de cette idée s’est perpétué longtemps en France, où les vieux eucologes ne traduisaient pas les prières du canon. Dom Guéranger a protesté avec énergie contre les téméraires qui enfreignaient cette réserve.
Le déplorable usage actuel a complètement bouleversé l’antique cérémonial au plus grand trouble des fidèles. Il n’y a plus d’autel. Où est-il, ce bloc consacré auquel l’Apocalypse compare le corps même du Christ ? Il n’y a plus qu’un vague tréteau recouvert d’une nappe qui rappelle douloureusement l’établi calviniste.

Naturellement, la commodité des fidèles étant posée en principe, il a fallu débarrasser autant que possible ladite table des « accessoires » qui l’encombraient : rien de moins, non seulement que les flambeaux et les vases de fleurs, mais le tabernacle ! Mais le crucifix lui-même ! Le prêtre dit sa messe dans le vide ! Quand il invite le peuple à élever son cœur et ses yeux … vers quoi ? il n’y a plus rien au-dessus de nous pour servir de frontispice au soleil levant !

Si on maintient les flambeaux et le crucifix, le peuple est encore plus exclu que dans l’ancienne liturgie, car alors non seulement la cérémonie, mais le prêtre lui est tout entier dissimulé.

Je me résignerais, avec un immense chagrin, puisque, parait-il, on ne peut plus demander à la foule aucun effort spirituel et qu’il est indispensable de lui fourrer dans la figure les mystères les plus augustes, à voir la messe réduite à la Cène primitive, mais alors c’est tout le rituel qu’il faut changer. Que veulent dire ces : Dominus vobiscum, ces Orate frates, d’un prêtre séparé de son peuple et qui n’a rien à lui demander ? Que signifient ces vêtements somptueux des ambassadeurs que nous déléguons, la croix sur les épaules, du côté de la Divinité ?

Et nos églises mêmes, est-ce qu’il y a à les laisser telles quelles ?

23 janvier 1955
Paul Claudel
de l’Académie française.

1971 [Cardinal Wright - Congrégation pour le Clergé] Lettre louant la Fraternité Saint-Pie-X

SOURCE - Cardinal Wright - Congrégation pour le Clergé - 10 février 1971

Excellentissime Seigneur,

C’est avec une grande joie que j’ai reçu votre lettre, dans laquelle Votre Excellence portait à ma connaissance les nouvelles et les Statuts de la “Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X”.

Comme Votre Excellence l’expose, cette œuvre qui, par vos soins, a reçu le 1er novembre 1970 l’approbation de l’évêque de Fribourg, Mgr François Charrière, a déjà dépassé les frontières de la Suisse, et plusieurs Ordinaires de diverses parties du monde, la louent et l’approuvent. Tout cela et spécialement la sagesse des normes qui constituent et dirigent l’œuvre donnent bon espoir à son sujet.

Pour ce qui regarde donc cette Sacrée Congrégation, la “Fraternité Sacerdotale” pourra très bien s’accorder avec la fin recherchée par le Concile dans ce saint Dicastère en vue de la distribution du clergé dans le monde.

Je suis de Votre Excellence…
 

1er novembre 1970 [Mgr Charrière - Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg] Décret d’érection de la "Fraternité Sacerdotale Internationale Sait Pie X"

SOURCE - Mgr Charrière - Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg - 1er novembre 1970

Étant donné les encouragements exprimés par le Concile Vatican II, dans le décret Optatam Totius, concernant les Séminaires internationaux et la répartition du clergé ;

étant donné la nécessité urgente de la formation de prêtres zélés et généreux conformément aux directives du décret suscité ;

constatant que les statuts de la Fraternité Sacerdotale correspondent bien à ces buts :
Nous, François Charrière, Évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, le Saint Nom de Dieu invoqué, et toutes prescriptions canoniques observées, décrétons ce qui suit :

Est érigée dans notre diocèse au titre de Pia Unio la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X.

Le siège de la Fraternité est fixé à la Maison Saint Pie X, 50 route de la Vignettaz, en notre ville épiscopale de Fribourg.

Nous approuvons et confirmons les statuts ci-joints de la Fraternité pour une période de six ans ad experimentum, période qui pourra être suivie d’une autre semblable par tacite reconduction ; après quoi la Fraternité pourra être érigée définitivement dans notre diocèse ou par la Congrégation Romaine compétente.

Nous implorons les bénédictions divines sur cette Fraternité sacerdotale afin qu’elle atteigne son but principal qui est la formation de Saints Prêtres.

Fait à Fribourg en notre évêché le
1er novembre 1970, en la fête de la Tousaint.

+ Françoi Charrière,
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg


22 juillet 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’erreur de Menzingen – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel -  22 juillet 2017

Les principes sont beaux, mais ne suffisent point,
Leur application fait un problème conjoint.


Un autre prêtre de la Fraternité Saint-Pie X (abbé PR, pour les « Public Relations » ) vient de descendre dans l’arène pour prendre la défense des supérieurs qui poursuivent le projet de reconnaissance canonique de la FSSPX. La plaidoirie de l’abbé PR est, une fois encore, bien présentée ; mais il n’empêche que poursuivre ce projet et en prendre la défense sont deux choses qui pèchent par le même défaut, à savoir : le manque de réalisme. Le principe est une chose, la pratique en est une autre, même si elle est régie par des principes. Être maître des principes n’implique point qu’on soit maître de la pratique, et vice versa. Or, l’abbé PR commence son argumentation en déclarant que, dans cette défense, lui, abbé PR, veut rester sur le plan des principes pour traiter des questions suivantes : premièrement, est-il, en principe, possible d’accepter une reconnaissance venant d’un moderniste et, deuxièmement, jusqu’à quel point est-il en principe permis de collaborer avec un moderniste. Autrement dit, il fait délibérément abstraction de la réalité pratique.

Afin de montrer qu’il est possible d’accepter une reconnaissance canonique venant d’un pape moderniste, il soutient que Mgr Lefebvre l’a recherchée de Paul VI jusqu’à la mort de ce dernier en 1978 et que, lorsqu’il refusa, en 1988, de collaborer avec Jean-Paul II, il se plaçait sur un plan pratique et non sur le plan des principes. De même, le chapitre général de la Fraternité de 2012 ne s’est-il pas abstenu de demander à Benoît XVI de faire une profession de foi catholique (ce qui aurait trahi d’ailleurs un esprit schismatique) ?

A cela, on répondra que l’affrontement entre Mgr Lefebvre et Paul VI à partir de 1974 est une chose bien connue, et que le refus de ce prélat d’accepter le protocole de 1988 se fondait sur les principes de la Foi. Et quant à 2012, ce fut l’année où la Fraternité abandonna son archevêque en abandonnant la position qui était la sienne : placer la Foi au principe de tout. Et quant à l’esprit schismatique, on peut se demander qui, en réalité, était dans le schisme ? L’archevêque ou les modernistes ?

Quant au pape François, l’abbé PR soutient qu’il est Pape ; que ce n’est pas lui qui a fait l’Église, mais bien Notre-Seigneur ; et que, partant, la collaboration avec lui doit être celle qu’on aurait avec un pape catholique. Mais à cela, on répondra que, dans la vie réelle, aussi vrai que la pourriture d’une pomme est et n’est pas la pomme ; de même, l’Église conciliaire est et n’est pas l’Église. Dans la vie réelle, la Fraternité traite-elle uniquement avec l’Église catholique et avec un pape catholique, ou bien n’est-elle pas directement en contact avec la pourriture conciliaire ?

Par suite, lorsque l’abbé PR examine jusqu’où il est permis de collaborer avec un moderniste, il estime qu’on peut le faire tant qu’on va dans le sens du bien de l’Église. Faisant encore abstraction de la réalité d’aujourd’hui, il veut faire valoir les considérations suivantes (en italiques, des réponses) :

* L’Église est indéfectible –

L’Église, bien sûr, mais les ecclésiastiques conciliaires, eux, ne cessent de défaillir.

* La Fraternité sert l’Église, et non les hommes d’Église –

Bien sûr, mais elle doit passer par l’intermédiaire de ces faux hommes d’Église.

* Il n’est pas possible de refuser, comme cadeau de Rome, la proposition d’une Prélature catholique –

Bien sûr, mais il faudrait ajouter : sauf si elle dépend de faux hommes d’Église.

* Le pape doit s’en tenir aux conditions prévues par l’accord –

Bien sûr, mais que vaut un morceau de papier pour ces gestionnaires ?

* L’autorité du pape vient de Dieu –

Bien sûr, mais certainement pas pour détruire l’Église (II Cor. XIII, 10).

* La Fraternité a eu raison d’accepter la juridiction pour les confessions et les mariages – Monsieur l’abbé

PR, en êtes-vous si sûr ? Et si c’était tout bonnement un morceau de fromage posé sur un piège ?

* Une question aussi pratique que cette dernière portant sur notre situation présente “n’est pas du ressort de cet article pour qu’on puisse en juger”, répond l’abbé PR. Mais la possibilité même que ce ne soit pas un piège prouve que, pour lui, accepter ou non la reconnaissance canonique de Rome “ne doit pas être jugé en retenant uniquement le critère de l’unité de Foi avec le pape”. Et de conclure :”la reconnaissance canonique doit être acceptée si elle est pour le bien de l’Église, mais rejetée si elle ne l’est pas, indépendamment de la foi du pape”.

Mais, Monsieur l’abbé, vous êtes-vous jamais posé cette question : la « foi » de ce pape étant ce qu’elle est, une reconnaissance canonique aurait-elle, oui ou non, pour effet de plonger la Fraternité au milieu du courant moderniste général, la soumettant à des Supérieurs modernistes ? Oui ou non ? La vie étant ce qu’elle est, pensez-vous réellement que ce pape accorderait un statut qui empêcherait la Fraternité de tomber sous le contrôle de Rome ? Autrement dit : sous le contrôle de gens qui ne croient plus dans la vérité objective ? Les principes catholiques sont très beaux, mais ils doivent être appliqués dans le monde réel, souvent tristement réel.

Kyrie eleison.

[Yves Chiron - Aletheia] La France catholique

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 12 octobre 2015

Si l’on se réfère à la plus récente enquête sur le catholicisme en France [1], 56 % seulement des personnes interrogées se déclarent catholiques. Elles étaient encore 81 % en 1986. Dans le même temps, le nombre des personnes se déclarant « sans religion » a fortement augmenté, passant de 15,5 % en 1986 à 32 % aujourd’hui. Si cette tendance se poursuit, les deux courbes vont se croiser. Le CSA note : « Il est probable que les ”sans religion” constitueront d’ici 20 à 30 ans le principal groupe au sein de la population française. »

La même note d’analyse du CSA, extrapolant les chiffres de l’enquête, souligne « une baisse significative du nombre de catholiques pratiquants en France […] ils seraient en effet passés de 4,4 millions en 2001 à 3,2 millions en 2012, soit une perte de plus d’un million de pratiquants réguliers. » Étant entendu que désormais les statistiques appellent « pratiquants réguliers » les personnes se rendant au moins une fois par mois à un office religieux…

Aussi, le titre du beau livre que publie Jean Sévillia, La France catholique [2], peut paraître provocateur ou témoigner d’une douce illusion. Sévillia ne méconnaît pas les chiffres cités plus haut, même s’il préfère mettre l’accent sur les 44 millions de baptisés que compte la France (deux Français sur trois) et les 13 millions de catholiques pratiquants (réguliers et occasionnels).

Son livre n’est pas une histoire du catholicisme contemporain, c’est plutôt un état des lieux, un vaste panorama qui passe en revue et montre, par de très belles et très nombreuses photographies, les paroisses de France, les prêtres et les fidèles, les mouvements catholiques, la presse et l’édition catholiques, les écoles et les institutions universitaires catholiques, les pèlerinages, les communautés, les monastères.

Il a le sens de la nuance. Ainsi à propos de l’enseignement catholique sous contrat : « à la fois parce que des établissements ont élargi leur recrutement afin d’assurer leur équilibre financier et parce que certains parents se satisfont d’écoles religieuses sans religion, maints établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom. Ce constat, cependant, ne peut être généralisé. On assiste d’ailleurs à l’émergence d’une nouvelle génération de directeurs, de responsables administratifs et pédagogiques et de professeurs qui, allant parfois jusqu’à bousculer les directions diocésaines de l’enseignement catholique, tiennent avant tout au caractère propre des établissements dont ils ont la charge. » Jean Sévillia relève aussi la floraison des écoles privées hors-contrat : « Il existe aujourd’hui 700 établissements hors-contrat qui scolarisent 60 000 élèves. Beaucoup de ces écoles sont catholiques. […] La plus grande réussite, dans ce domaine, est le groupe scolaire Saint-Dominique, au Pecq, dans les Yvelines. Créé avec 35 enfants en 1992, il compte 800 élèves en 2015. En 2012, trois bacheliers sortis de Saint-Dominique ont été admis à Polytechnique. »

Le tableau qu’il brosse des paroisses françaises est contrasté. D’une part, surtout dans les zones rurales, une pénurie effrayante de prêtres : 42 000 prêtres en 1960, un peu plus de 5 800 en activité aujourd’hui, « avec moins de 100 ordinations par an, le clergé n’assure pas son renouvellement : pour un prêtre ordonné, il en meurt sept. Dans les zones rurales, un prêtre peut administrer jusqu’à 30 clochers. » D’autre part, on assiste à un renouveau dans certaines paroisses de grandes villes. Par exemple, à Saint-Léon dans le XVe arrondissement de Paris : « trois messes quotidiennes sont célébrées en semaine et quatre le dimanche pour plusieurs milliers de fidèles. La paroisse est desservie par le curé, deux vicaires, deux prêtres retraités, deux prêtres étudiants (africains) et deux diacres. Adoration trois fois par semaine, confession cinq fois par semaine, chorales, groupes de réflexion et de formation, conférences, scouts, foyer de jeunes, salle de théâtre : la baisse de la pratique, ici, on ne connaît pas. »

Le portrait que Jean Sévillia dresse des « nouveaux prêtres » (p. 216) est l’exact contraire de celui que Michel de Saint-Pierre faisait des prêtres progressistes dans son roman Les Nouveaux Prêtres en 1964, il y a cinquante ans déjà…

Sévillia consacre de nombreuses pages à la « nouvelle génération catholique » que la grande presse a découverte avec stupéfaction dans la rue à l’occasion des manifestations contre le mariage des homosexuels. Le philosophe et sociologue Marcel Gauchet notait à l’époque des grands rassemblements de la Manif’ pour tous : « Il y a effectivement une montée identitaire du catholicisme français. C’est une mutation historique majeure, portée par une jeunesse à la fois conservatrice et moderne qui fait l’effet d’un continent exotique »[3].

Mais ce n’est pas toute la jeunesse française, ni numériquement bien sûr, ni sociologiquement [4]. Ces jeunes qu’on voit en nombre dans les grandes rassemblements unanimistes (JMJ et autres) sont actifs aussi, pour un certain nombre d’entre eux, dans une multitude de mouvements, d’organisations, de groupements, liés ou pas à des paroisses, indépendants des structures plus anciennes implantées dans les diocèses. Ce foisonnement est peut-être prometteur, « la déchristianisation n’est pas fatale » estime Jean Sévillia (p. 198) qui relève « une soif de formation chez les jeunes cathos » (p. 201) et voit « une génération nourrie par la prière » – du moins, la jeunesse de certains milieux : « Depuis le début des années 2000, le groupe Abba réunit 200 à 300 jeunes dans l’église Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, pour une soirée d’adoration hebdomadaire. Un rendez-vous impensable il y a trente ou quarante ans » (p. 207).

Mais Sévillia note aussi : « Des écueils guettent néanmoins cette nouvelle génération. Son homogénéité sociale, d’une part, qui peut être une force, deux jeunes sur trois appartenant aux classes moyennes et supérieures, mais qui crée le risque de l’entre-soi. Sa difficulté à se fixer, d’autre part, qui peut être un atout quand il s’agit d’éviter la routine, mais qui peut avoir l’inconvénient du saupoudrage quand ces jeunes surfent d’un mouvement à l’autre, d’un rassemblement à l’autre, d’un style à l’autre. La Pentecôte à Chartres avec Notre-Dame de Chrétienté, l’été au Forum des jeunes de Paray-le-Monial, la Toussaint en session à Taizé : si cet éclectisme a l’avantage de faire sauter les barrières au sein de l’Église, il peut s’avérer incohérent dans la durée et empêcher les engagements stables. »

Le livre-album de Jean Sévillia ne se résume pas. C’est un voyage par l’image, et aussi par les chiffres, dans la réalité multiple du catholicisme français d’aujourd’hui. Parmi les données qu’on trouve dans ce livre, on citera encore les 1.600 prêtres étrangers qui exercent leur ministère en France, (p. 61) suppléant ainsi, très partiellement, à la baisse des vocations sacerdotales en France (p. 61) ; les 150 prêtres qui, depuis sa fondation, ont quitté la Fraternité Saint-Pie X pour rejoindre les diocèses (p. 224) ; les 4 900 personnes, jeunes ou adultes, baptisées lors de la nuit de Pâques 2015 (« chiffre de 30 % supérieur à celui d’il y a dix ans », p. 234).

Jean Sévillia, qui est journaliste (il est rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine et chroniqueur à L’Homme Nouveau) et historien, donne des informations et des analyses intéressantes et pertinentes [5]. Il aurait pu faire sienne cette remarque de Louis Veuilllot en 1871 : « Vous voyez ce qui meurt, vous ne voyez pas ce qui naît ». Émile Poulat, qui citait ce propos, notait aussi en 2008 : « le catholicisme ne me paraît pas au bout de ressources que nous ne connaissons pas, et qui transformeront profondément sa figure, dans un environnement des plus variés, rarement porteur et syntonique » et aussi : « Les catholiques français ne sont désormais ni une minorité, ni encore la majorité, mais ils restent, de loin, de très loin, la plus importante des communautés religieuses en France, par le nombre comme par les ressources dont ils disposent, qui peuvent faire rêver toute autre organisation politique, syndicale ou associative »[6].
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  1. Le catholicisme en France, enquête réalisée par l’Institut CSA, en mars 2013, sur un échantillon de 22.101 personnes.
  2. Jean Sévillia, La France catholique, Michel Lafon, octobre 2015, album relié de 240 pages, 29,95 €.
  3. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2013, cité p. 207.
  4. La remarque vaut aussi pour les paroisses les plus vivantes et les plus actives. Ce sont dans les quartiers bourgeois ou CSP + des grandes villes qu’on les trouve. Cf. Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras, La religion dévoilée. Nouvelle géographie du catholicisme, Fondation Jean-Jaurès, 2014 et Yann Raison du Cleuziou, Qui sont les cathos d’aujourd’hui ? Sociologie d’un monde divisé, DDB, 2014.
  5. Une affirmation contestable néanmoins : « En 1979, une enquête montre que la majorité des évêques français est favorable à une collaboration avec le Parti communiste. 66 % d’entre eux acceptant le bien-fondé des analyses marxistes » (p. 48). Chiffres surprenants. Quelle est la source ? Et une erreur : Hans Urs von Balthasar est nommé parmi les « grands théologiens classiques de Vatican II » (p. 125). Balthasar n’a pas participé à Vatican II, ni comme consulteur dans une des commissions officielles, ni comme peritus attaché à quelque évêque.
  6. Émile Poulat, France chrétienne, France laïque. Entretiens avec Danièle Masson, DDB, 2008, p. 270-271 et p. 13