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27 janvier 2015

[Paix Liturgique] Même dans nos paroisses, il n'y a pas d'avenir sans paix : les vœux du pape François

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 474 - 27 janvier 2015

Pour le premier angélus de l'année, le 4 janvier 2015, le pape François a pris prétexte du prologue de l'évangile selon saint Jean, pour adresser ses vœux aux fidèles réunis place Saint-Pierre en les invitant à une année de paix. Une paix qui peut sembler lointaine sauf si on commence par la construire dans nos familles, dans nos paroisses, dans nos communautés. Un appel qui nous concerne tous.
I – LES PAROLES DU PAPE (source)
« Les hommes parlent beaucoup de la lumière mais ils préfèrent souvent la tranquillité trompeuse de l’obscurité. Nous parlons beaucoup de la paix, mais nous recourons souvent à la guerre ou choisissons le silence complice, ou encore nous n’agissons pas concrètement pour construire la paix. »
[...]
« Le cœur de l’homme peut refuser la lumière et préférer les ténèbres, parce que la lumière met à nu ses œuvres mauvaises. Qui fait le mal déteste la lumière. Qui fait le mal déteste la paix. »
[...]
« La paix n’est pas seulement l’absence de guerre mais une condition générale dans laquelle la personne humaine est en harmonie avec elle-même, en harmonie avec la nature et en harmonie avec les autres…Cependant, faire taire les armes et éteindre les foyers de guerre reste une condition indispensable pour envisager un chemin vers la paix sous ses différents aspects. Je pense aux conflits qui ensanglantent encore trop de régions de la planète, aux tensions dans les familles et dans les communautés – dans combien de familles, combien de communautés, même paroissiales, y a-t-il la guerre ! – ainsi qu’aux violentes oppositions dans nos villes et nos pays entre des groupes d’origines culturelle, ethnique et religieuse différentes. Nous devons nous convaincre, même si les apparences sont contraires, que la concorde est toujours possible, à tous les niveaux et dans toutes les situations. Il n’y a pas d’avenir sans propositions et projets de paix ! Il n’y a pas d’avenir sans paix ! »
[…]
« À l’aube de cette nouvelle année, nous sommes tous appelés à raviver dans notre cœur un élan d’espérance qui doit se traduire dans des œuvres concrètes de paix, de réconciliation et de fraternité. Dans nos maisons, dans nos communautés, dans notre travail : chacun d’entre nous doit accomplir des gestes de fraternité à l’égard du prochain, notamment de ceux qui sont éprouvés par des tensions familiales ou des désaccords en tous genres. Ces petits gestes ont beaucoup de valeur. Ils peuvent être des graines d’espérance, ils peuvent ouvrir des routes et des perspectives de paix ».
[...]
« Demandons à Marie notre tendre Mère d’indiquer au monde entier la voie sûre de l’amour et de la paix ». 
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1/ En ce début de nouvelle année, le pape François invite, comme il aime le faire, à un examen de conscience et à une remise en cause. Bien sûr, c’est ce que le pape a dit des communautés paroissiales que nous voulons particulièrement relever. Oui, dans l’Église, dans nos paroisses, on « parle » beaucoup de paix. On chante la paix, on se « donne » la paix, on prie pour la paix, on danse même parfois sur le thème de la paix … mais de quelle paix s’agit-il ? La paix avec qui ? La paix, pour qui ?

N’est-ce pas au nom de « la paix », qu’ils étaient accusés de troubler, que pendant près d’un demi-siècle, l'institution a marginalisé – et continue parfois de marginaliser –, voire chassé, les prêtres, les paroissiens et les séminaristes,accusés de ne pas avoir l’esprit du presbyterium, de la communauté paroissiale ou du séminaire ? Tous ceux qui, pour faire bref, ne partageaient pas l’insaisissable esprit du Concile. Cette « paix » ressassée à longueur d'homélie, de bulletin diocésain et de communiqués de la Conférence épiscopale, n'était-elle pas finalement que le désir de vivre entre personnes du même avis, avec ceux cooptés comme ayant le « bon » esprit ? Et ce « prochain » avec lequel il fallait « vivre en paix », n'était-il pas un prochain imaginaire, un prochain tellement lointain qu’on ne le côtoie pas et qui, donc, ne nous dérange pas ?

De ce point de vue, le pape a bien raison d’affirmer que bien souvent, même dans nos paroisses, on n’agit pas « concrètement pour construire la paix » mais on se contente d’en parler plutôt que de la vivre et de la construire.

2/ Dans la matière qui nous occupe, la liturgie, et en dépit du geste concret de paix posé par le pape Benoît XVI le 7 juillet 2007 en promulguant le Motu Proprio Summorum Pontificum, nous voyons bien que trop de pasteurs et de laïcs engagés continuent d'ostraciser les familles qui souhaitent vivre, en paix, dans leur propre paroisse, leur attachement à la forme extraordinaire du rite romain. Non seulement ils ne sont prêts à aucun « geste de fraternité » mais refusent même à ces familles une simple parole de paix alors qu'ils sont prompts à proclamer des prières universelles pleines de bons sentiments.

La construction de la paix ne peut aller de pair avec l’absence de dialogue, le caporalisme et l’exclusion. Bien au contraire !

Espérons donc que, grâce à l'exhortation du pape François, l'on n'entende plus en 2015 les phrases suivantes qui ne sont, en rien, des paroles de paix : « Votre demande de célébration de la messe traditionnelle diviserait la paroisse » ; « Allez dans les églises dédiées à cette forme liturgique » ; « Il n'y a pas de place pour vous chez nous »...

3/ Oui, la paix est une condition générale dans laquelle la personne humaine est en harmonie avec les autres. Or la paix, dans toute société quelle qu’elle soit, résulte de la poursuite du bien commun sous la conduite de ses chefs. Dans l’Église et dans chacune des communautés au sein de l’Église, elle résulte de la poursuite du bien commun surnaturel sous la houlette de nos pasteurs.

Éclairés par l'Esprit Saint, nous devons nourrir au plus profond de notre cœur une grande bienveillance envers notre prochain. Et ceci vaut bien évidemment d’abord pour ceux qui, parmi nous, ont la charge de nos âmes et doivent avoir pour elles toute la tendresse du Christ.

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent », dit le psaume 84, au verset 11. Il est clair que la paix ne peut se construire que sur la vérité et dans la justice. Dans ce cadre, construire la paix dans l'Église, c’est accepter l’existence même et l’expression d’un point de vue différent, dès lors que ce point de vue est catholique et même s'il exprime une sensibilité différente. Cet état d’esprit doit pouvoir se décliner au sein de nos communautés d’abord sur des questions très simples et très concrètes comme l’attachement à telle ou telle forme liturgique ou catéchétique reconnue et légitime.

Toute la question, et le pape François y a répondu récemment (voir notre lettre 465), c'est de savoir si l'on est prêt à « reconnaître et accepter avec joie les divers dons que l'Esprit donne à chacun » car « l'uniformité n'est pas chrétienne ». Plutôt que d'exclure ceux qui sont attachés à la liturgie traditionnelle des communautés paroissiales, il convient d'accepter de considérer leur attachement à la tradition liturgique et doctrinale de l’Église comme une richesse, comme un don à recevoir et partager.

Nous n'insisterons jamais assez sur le rôle fondamental du curé. Père de tous les fidèles de sa paroisse, sans exception, le curé est le premier garant de la paix et de l’unité dans la diversité légitime. Il est prêtre de tous, prêtre pour tous. Faire s’exprimer les charismes, les dons que Dieu a donnés à chacun pour l’utilité de tous (1 Corinthiens 12,7 ) tel est le programme qu’un authentique serviteur de la paix devrait vouloir suivre. À chacun d’entre nous, à notre place, avec nos qualités et nos pauvretés à les y aider.

4/ « Dans combien de familles, combien de communautés, même paroissiales, y a-t-il la guerre ! » Ce cri du pape François induit un examen de conscience général et on imagine aisément, dans la foulée du discours du pape à la Curie, qu'il concerne aussi tel prélat ayant introduit la division et la guerre dans une communauté aussi florissante et diverse que celle des Franciscains de l’Immaculée !

Pourtant, comme nous y invite le pape, « nous devons nous convaincre, même si les apparences sont contraires, que la concorde est toujours possible, à tous les niveaux et dans toutes les situations ». 

En ce qui nous concerne, et en ce qui regarde la juste et charitable acceptation de la tradition liturgique et catéchétique de l’Église et de ceux qui y sont attachés, nous ne pouvons en réalité qu'aller dans le sens du pape car, en dépit de l'ostracisme qui perdure, les exemples de concorde et de paix durablement installées sont toujours plus nombreux. Partout où l’expérience de la forme extraordinaire a été tentée honnêtement par les curés, celle-ci a été couronnée de succès. Non seulement les réactions négatives sont limitées mais, surtout, les tensions finissent toujours par s'estomper dès lors que les préjugés, souvent nourris par la méconnaissance du prochain, tombent. Tout est possible pour les hommes de paix ; l’expérience nous le prouve !

Efforçons nous de garder cette conviction. Entre vrais catholiques qui communient dans la vérité du Christ, la paix est toujours possible. À chacun de s’examiner et de se corriger.

[Notions Romaines] Réception positive de l’initiative Ad Orientem dans le diocèse de Lincoln

SOURCE - S.E.R. Monseigneur James Conley du diocèse de Lincoln au Nebraska (États-Unis) avait lancé deux semaines avant le début de l’Avent une initiative encourageant le retour à la célébration de la messe ad orientem. Mgr Conley avait écrit une lettre pastorale à son Diocèse informant les paroissiens des raisons de son initiative et avait annoncé que les messes de l’Avent et de Noël à la Cathédrale seraient célébrées versus Deum, tourné vers Dieu. Nous avions relayé la nouvelle de cette initiative ici

Selon un rapport informel rapporté par le blogue Corpus Christi Watershed, l’initiative fut généralement bien accueillie. L’initiative fit même tache d’huile et fut adoptée dans 15 à 20 paroisses (sur les 134 que comptent le Diocèse).

Avant d’être introduite dans une paroisse, les prêtres préparèrent leurs fidèles avec une catéchèse appropriée. Toutefois, le court délai entre l’annonce de l’initiative et le début de celle-ci découragea son adoption auprès de certaines paroisses. Nous pouvons donc imaginer qu’un plus grand nombre de paroisses aurait adopté la messe tournée vers le Seigneur.

Il est intéressant à noter les différentes raisons données par les laïques à propos de la réception positive du retour de cette posture traditionnelle du prêtre lors du sacrifice de la messe:
  • Cette posture semble plus «logique»
  • Il est logique de faire face à la Personne à qui l’on s’adresse
  • être tourné vers l’est redonne une raison d’être au maître-autel au-delà du rôle de simple décoration
  • cette posture crée une ambiance imprégnée de sacré
Le diocèse de Lincoln aux États-Unis est un des diocèses les plus ouverts aux enseignements et aux pratiques séculières et traditionnelles de l’Église. Bien que ne comptant une population d’environ 98 000 catholiques dans une région plutôt rurale, le Diocèse peut se targuer d’avoir plus de 40 séminaristes dans son séminaire diocésain. C’est aussi au sein de ce Diocèse que se trouve le séminaire nord-américain de la Fraternité sacerdotale Saint Pierre.

26 janvier 2015

[Sandro Magister - Chiesa (blog)] François fustige la curie. Mais quelle distance entre ce qui est dit et ce qui est fait!

SOURCE - Sandro Magister - Chiesa (blog) - 23 janvier 2015

Alors qu’approche le sommet qui va être consacré à la réforme du gouvernement central de l’Église, le pape avance en agissant tout seul. Dans certains cas en chassant les bons et en récompensant les mauvais 

ROME, le 23 janvier 2015 – Il y a de cela un an, le pape François a réuni les cardinaux à huis clos, pour des discussions portant sur des questions relatives à la famille, pendant deux jours. Deux journées de feu.

Le mois prochain, il les réunira de nouveau. Cette fois, pour discuter de la réforme de la curie et il y aura de nouveau des affrontements.

Parce que des idées de réformes, il s’en est trouvé une grande quantité ; elles sont en contradiction les unes avec les autres, au moins autant que les têtes des neuf cardinaux qui conseillent le pape, et certaines d’entre elles sont même carrément inacceptables. Par exemple celle qui propose que les divers degrés et institutions du système judiciaire du Vatican, y compris la pénitencerie apostolique qui juge au for interne, soient soumis à un dicastère de la justice qui est encore à créer. Au cas où cette réforme se concrétiserait, elle porterait une atteinte très grave à la séparation des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, qui est considérée depuis l’époque de Montesquieu comme l’une des caractéristiques des États modernes.

En réalité, François s’est donné du temps. Il a déclaré qu’il ne mettrait pas la réforme en route avant 2016. Et, pour le moment, il procède à la manière d’un général des jésuites, en décidant tout seul de ce qui lui paraît devoir être fait immédiatement, bien qu’il ait affirmé qu’il voulait donner un caractère collégial à sa manière de gouverner.

Lorsqu’il a présenté, à Noël, ses vœux aux dirigeants de la curie, il leur a jeté au visage un diagnostic catastrophique, celui des "maladies" dont ils souffrent : il en a en cité quinze, plus affreuses les unes que les autres. Mais si, d’autre part, on examine les évictions et les promotions, peu nombreuses, auxquelles le pape a procédé jusqu’à maintenant, il y a de quoi être surpris.

Le plus illustre de ceux qui ont été évincés est le cardinal Raymond L. Burke, grand canoniste dont les adversaires eux-mêmes reconnaissent la compétence et la droiture morale.

En revanche, si l’on examine les promotions, la plus incroyable est celle dont a bénéficié Mgr Battista Ricca, un fonctionnaire du service diplomatique du Vatican qui avait été rappelé à Rome il y a de cela plusieurs années, après avoir provoqué des scandales dans trois nonciatures différentes, la dernière en date étant celle de Montevideo où il avait fait venir son amant. Mais, par la suite, il a miraculeusement poursuivi sa carrière, en tant que directeur de deux résidences pour ecclésiastiques situées à Rome, celle de la via della Scrofa et celle de Santa Marta, et surtout en tant qu’ami de très nombreux cardinaux et évêques du monde entier qui viennent y loger, y compris celui qui est pape aujourd’hui et qui l’a nommé prélat de l’IOR [Institut pour les Œuvres de Religion], c’est-à-dire son homme de confiance à la banque du Vatican.

Jusqu’à présent on n’a pas constaté qu’il y ait eu la moindre mise en œuvre d’un projet dont Bergoglio avait parlé il y a deux printemps de cela : celui de faire disparaître le "lobby gay" de la curie, qu’il avait trouvé bien vivant.

Beaucoup plus qu’à la curie, c’est dans le cadre du synode des évêques que ce pontificat innove.

François a fait du synode une structure presque permanente, en redonnant libre cours à des discussions auxquelles les papes précédents avaient mis fin, comme celle qui concerne la distribution de la communion aux divorcés remariés et, en définitive, celle qui concerne l'acceptation ou non du remariage des divorcés.

Cela a fait naître entre les courants opposés une bataille très dure, à laquelle prennent part principalement les évêques des "périphéries", en particulier ceux d'Afrique et d'Europe de l'Est, qui manifestent une opposition intransigeante d’une part au divorce et d’autre part à l’acceptation des unions homosexuelles.

Mais en fin de compte, après la session du synode qui aura lieu au mois d’octobre prochain, c’est le pape qui décidera, en monarque absolu, et il a tenu à le rappeler en citant le code de droit canonique.

Sa sympathie va manifestement à la tendance progressiste, qui est animée par les cardinaux allemands, et à la pratique, tolérante, des Églises orthodoxes d'Orient qui bénissent déjà les remariages de divorcés.

Mais d’autre part François dit qu’il est fasciné par Paul VI et il continue à citer comme un modèle de courage prophétique l'encyclique "Humanæ vitæ" dans laquelle ce pape a condamné les contraceptifs et approuvé uniquement les méthodes naturelles de contrôle des naissances.

Il l’a fait pour l’énième fois à Manille, il y a de cela quelques jours, en faisant toutefois remarquer que Paul VI était également "très miséricordieux envers les cas particuliers et qu’il demandait aux confesseurs d’être très compréhensifs".

Et c’est probablement ainsi que cette affaire va finir.

Dans ses propos François maintiendra fermement la doctrine catholique de l'indissolubilité et, en même temps, il encouragera les évêques et le clergé à faire preuve de compassion et de compréhension "pastorale", c’est-à-dire pratique, pour les mariages qui finissent mal et sont suivis d’un autre mariage.

Paul VI, qui a été proclamé bienheureux à la fin du dernier synode, s’était attiré, en publiant "Humanæ vitæ", un déluge de critiques, venant de l’extérieur et de l’intérieur de l’Église.

Pour François, c’est le contraire qui pourrait se produire, parce qu’il semble donner satisfaction à la fois aux intransigeants et aux novateurs.