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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

3 mars 2015

[Mathilde Leleu - La Voix du Nord] Ils ont fui l’Irak pour Liévin: «Si on n’était pas partis, ils nous auraient tués»

SOURCE - Mathilde Leleu - La Voix du Nord - 2 mars 2015

Dans la nuit du 6 au 7 août, ils ont fui leur village du nord de l’Irak pour échapper à Daesh. Pendant six mois, Rana, Jinan et leurs trois enfants survivent dans un camp, aux crochets de l’aide internationale. Ils sont enfin arrivés à Liévin, il y a une semaine, hébergés par la communauté religieuse de Riaumont.

Avant d’arriver à Riaumont il y a quelques jours, ces cinq-là ont traversé l’enfer. Sur les visages des membres de cette famille irakienne, des sourires pourtant. Ils se disent chanceux d’être arrivés en France, en sécurité, ensemble. « Quand nous sommes montés dans l’avion, nous avons su que la lumière allait de nouveau briller pour nous », confie encore ému le père, Jinan, 54 ans. Il sait qu’il revient de très loin.

Avec sa femme et ses trois enfants, Jinan vivait à Karakosh, au nord de l’Irak. Ses enfants à l’école, sa femme couturière, lui à la tête de sa petite confiserie, les douze années passées dans les geôles iraniennes n’étaient plus qu’un très lointain souvenir. Une vie presque normale en somme, jusqu’à cette nuit du 6 août 2014. « Les prêtres ont toqué à nos portes et nous ont dit de fuir. Nous sommes partis sur le coup, sans rien d’autre que nos vêtements», se souvient Rana. Avec des centaines d’autres chrétiens, ils partent direction Ankawa au Kurdistan, immense camp de réfugiés à ciel ouvert. Sept heures pendant lesquelles la peur, l’entassement des corps, la chaleur sont insupportables. « Certains sont morts de soif », confie Rana. À Ankawa, la famille dort dans la rue, puis sous tente, et se nourrit des dons de l’aide humanitaire. Ils y restent six mois avant d’enfin obtenir le Graal : des visas pour quitter le pays. Direction la France. « Nous avions de la famille ici. Et puis la France est une terre d’accueil, non ? Nous savions que nous serions en sécurité ici.»

La famille doit son salut à l’homme qui leur fait face : père Argouac’h, prieur de Riaumont, une veste de cuir au-dessus de la soutane. « Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose. Nous avions cette maison qui servait de lieu de réunion. On a décidé de les accueillir. » Rana le regarde pleine de gratitude. Elle lui doit sa vie et celle de ses enfants. «Les miliciens de Daesh ont enlevé des enfants, violé des petites filles. Ils se sont filmés en train de détruire les églises, les statues, et de planter le drapeau islamique à la place. Si on n’était pas partis, ils nous auraient tous tués. » Derrière elle, le regard de Noor, treize ans, se perd. Il ne se plaint pas, se dit « heureux d’être là », dans ce pays dont il ne connaît encore rien, ne parle pas la langue. D’ici une semaine, il rejoindra les jeunes du village d’enfants de Riaumont avec son frère. Émily, la petite sœur, rejoindra l’école Sainte-Thérèse de Lens.

2 mars 2015

[Abbé Simoulin, fsspx - Le Seignadou] La romanité n'est pas un vain mot

Le Seignadou - mars 2015

Nos sœurs et nos enfants ont encore les yeux pleins de lumière, le cœur plein de joie, l’âme toute pleine des grâces reçues à Rome, et l’esprit encore tout embaumé du « parfum de Rome ». Quel bonheur !

Nous avons tous suivi de prés ou de loin le si beau pèlerinage de nos sœurs et de leurs élèves à Rome. Les plus heureux ont pu y participer, et ce fut une magnifique démarche de foi, dans laquelle se conjuguaient la reconnaissance pour ces quarante années de grâces et la fière et tranquille affirmation publique de notre fidélité à la Rome éternelle, celle des papes mais surtout celle des martyrs.

C’est la deuxième fois en quinze années que les « exclus » se rassemblent en nombre auprès de la tombe de St Pierre, pour affirmer leur romanité et leur fidélité à l’Eglise. En 2.000, ce fut la Fraternité St Pie X, et cette année la Congrégation des Dominicaines du Saint Nom de Jésus, avec ses religieuses, ses familles et amis, et surtout ses enfants, petites et grandes. Pour toutes, cela demeurera un grand moment de ferveur théologale, et il faut espérer que toutes en garderont une forte et durable empreinte.

Ce pèlerinage n’est pas passé inaperçu, et les hôtes du Vatican n’ont pas manqué d’ouvrir tout grand les yeux devant cette cohorte de religieuses et d’enfants, enthousiastes, ferventes et recueillies. Certes, mais je ne veux pas m’attarder là-dessus, nous aurions aimé chanter la messe, au moins une fois, dans une des basiliques romaines! Pour la joie de tous et toutes, et pour le bien et l’édification des enfants, pour imprimer dans leur cœur par la messe un amour vivant pour Rome et l’Eglise, c’eût été une grâce insigne.

Mais laissons cela, et demeurons dans l’action de grâces, cela est plus édifiant, pour entretenir en nous l’amour de Rome. Quella roma, onde Cristo è romano. Nous connaissons peut-être ce beau vers de Dante: « Cette Rome dont le Christ est romain ». Sans qu’il en ait eu l’intention, le poète a dit là une profonde vérité.

Le philosophe Etienne Gilson faisait de belles considérations sur la pensée de Dante à ce sujet : « Nous sommes ici au cœur de la pensée politique de Dante sous sa forme la plus universelle et la plus philosophique […] Dante s'employait à démontrer une vérité qu'il tenait avec raison pour originale et neuve, qui l'est d'ailleurs encore aujourd'hui dans son essence, sinon dans le détail de sa réalisation: un monde un, uni sous l'autorité d'un Empereur libre, et une Église mondiale une, unie sous un Pape également unique et libre, ce Pape et cet Empereur ne relevant l'un et l'autre que de Dieu. L'empire donc, mais quel empire? Aux yeux de Dante, la question ne se posait pas, car sa Monarchie en retrace l'histoire pour en établir les titres. Cet empire existe déjà en germe, c'est celui de Rome. […] La vocation propre à Rome entre les peuples n'est-elle pas justement l'Empire? D'autres auront l'art, d'autres la science, d'autres encore l'éloquence, « mais toi, Romain, souviens toi d'imposer aux peuples ton empire; ton art, à toi, sera de faire régner la paix entre les nations, en épargnant les vaincus et abattant les superbes » (Enéide VI, 851-853). Dans la perspective chrétienne élargie du poète, la fonction providentielle de Rome dans l'unification politique du globe devient celle qu'elle exerce du même coup dans le grand œuvre de la rédemption universelle. Ce n'est pas sans raison que Jésus-Christ a voulu naître dans l'Empire romain, au temps où la paix politique régnait entre les peuples. L'Empire romain, Virgile et l'Enéide sont trois moments inséparables de la genèse du Poème Sacré. » (Etienne Gilson. Dante et Béatrice)

Dom  Guéranger a chanté avec admiration la romanité de l’Eglise et Louis Veuillot, argumentant à partir de la donation de Constantin, s’exclamait fièrement : « Rome est au Pape ». Cela est vrai mais, ainsi que l’écrivait si sagement le P. Calmel : « L’Église n’est pas le corps mystique du pape ; l’Église avec le pape est le corps mystique du Christ », et l’Eglise ne lui a pas été donnée, mais confiée : dans l’Eglise, le pape demeure toujours le serviteur, et non le maître. C’est Rome qui prêche l’immuable vérité à laquelle le pape doit fidèlement prêter sa voix. « Si le pape est le vicaire visible de Jésus qui est remonté dans les cieux invisibles, il n’est pas plus que le vicaire : vices gerens, il tient lieu mais il demeure autre. Ce n’est point du pape que dérive la grâce qui fait vivre le corps mystique. »

Le Christ est devenu romain lorsque l’Eglise est devenue romaine, lorsque Rome a été baptisée par le sang des martyrs, pour devenir chrétienne, et la patrie de tous les chrétiens. Ce sont les martyrs qui ont pris possession de Rome, pour la donner à Jésus-Christ, bien avant que Constantin en fasse don au Pape. Oui, Rome est au pape, mais Rome est d’abord à Jésus-Christ.

L’Eglise, qui est le Corps mystique du Christ est Romaine. Et St Pie X avait sagement ajouté ces précisions aux quatre notes traditionnelles de l’Eglise, en janvier 1907 : L'Église est appelée une, sainte, catholique, apostolique, romaine et, j'ajouterai, persécutée. Jésus-Christ ne l'a-t-Il pas dit ? La persécution est le pain quotidien de l'Église catholique. C'est un des caractères de l'Église d'être toujours persécutée. La persécution est le signe que nous sommes vraiment les enfants de l'Église de Jésus-Christ. »

Et Mgr Lefebvre voulait que se prêtres soient « romains ». Dans les débuts de la Fraternité, il envoyait les jeunes prêtres passer six mois à Rome pour « acquérir l’esprit et le sens de l’Eglise catholique et Romaine, et approfondir le mystère de leur sainte Messe… Qu’ils quittent Rome avec un attachement indéfectible à Pierre et à ses successeurs, dans la mesure où ils sont vraiment ses successeurs et se comportent comme tels » (lettre du 15 septembre 1977). Le dernier chapitre de son Itinéraire spirituel est encore un hommage à la romanité de l’Eglise : « Dieu, qui conduit toutes choses, a dans sa sagesse infinie préparé Rome à devenir le siège de Pierre et le centre du rayonnement de l'Evangile. […] La "Romanité" n'est pas un vain mot. […] Aimons scruter comme les voies de la Providence et de la Sagesse divine passent par Rome et nous conclurons qu'on ne peut être catholique sans être romain. […] Dieu a voulu que le Christianisme, coulé en quelque sorte dans le moule romain, en reçoive une vigueur et une expansion exceptionnelles. »

C’est parce qu’il était citoyen romain que St Paul, en ayant appelé à César, est venu mourir à Rome, mais c’est Jésus-Christ lui-même qui a voulu que St Pierre soit crucifié à Rome. Et le Christ est devenu romain lorsque Pierre et Paul ont baptisé de leur sang la terre de Rome. C’est pourquoi nous aimons Rome comme nous aimons l’Eglise et Jésus-Christ, et nous sommes romains de toute notre âme parce que c’est là que St Pierre et St Paul ont planté les racines de la Sainte Eglise, dont la  tête est Jésus-Christ, l’âme le Saint-Esprit, le cœur la Vierge Marie, et nous tous les membres pécheurs.

C’est Rome qui conserve pour nous la foi et la vérité pour laquelle sont morts les martyrs. C’est Rome qui chante la gloire de Jésus-Christ. Et l’Eglise Romaine est belle et sainte, malgré les pécheurs que nous sommes, parce qu’elle nous révèle encore aujourd’hui le doux visage de Jésus-Christ, roi des âmes, des familles et des peuples.

« O Roma Felix…
Rome bienheureuse, qui as été consacrée
par le sang glorieux de ces deux princes !
empourprée de leur sang, à toi seule
tu surpasses toutes les autres beautés du monde. »

(Hymne des vêpres du 29 juin)

[Lettre à Nos Frères Prêtres] La question du sacerdoce des femmes: Réponse aux arguments contraires

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - n°63 - septembre 2014

Répondons maintenant aux arguments, d’ailleurs pas tous absurdes s’ils ne sont pas réellement pertinents, avancés pour soutenir cette revendication du sacerdoce des femmes.
Deux arguments
Le courant de « libération » de la femme, que nous avons évoqué, peut avoir des aspects bons et mauvais. Il ne nous appartient pas d’en discuter ici. Mais en invoquant cette évolution socioculturelle, on semble oublier que l’Église n’est pas une société comme les autres et qu’en elle l’autorité, le pouvoir, est d’une nature différente puisque lié à un sacrement.

Le recours au texte de l’épître aux Galates, d’après lequel il n’y a plus dans le Christ de distinction entre l’homme (masculin) et la femme, n’est pas adéquat, puisque ce passage ne traite pas du ministère sacerdotal, mais de la vocation universelle au salut, qui effectivement touche aussi bien les femmes que les hommes (masculins).
In persona Christi, in persona Ecclesiæ
L’argument qui prétend que la femme représente mieux le prêtre agissant in persona Ecclesiæ repose sur une inversion radicale. Car il existe un lien de causalité essentiel entre le in persona Christi et le in persona Ecclesiæ.

Le prêtre représente l’Église parce que d’abord il représente le Christ qui est le Chef et le Pasteur de l’Église. Si le prêtre préside l’assemblée chrétienne, ce n’est pas que cette assemblée l’ait élu. L’Église n’est pas un rassemblement spontané mais, comme son nom d’ecclesia l’indique, elle est rassemblée et convoquée par le Christ.

Le prêtre préside donc l’assemblée dans la personne du Christ Tête de l’Église, in persona Christi capitis, et c’est seulement en conséquence qu’il agit in persona Ecclesiæ. Admettre que la femme représenterait mieux le prêtre agissant in persona Ecclesiæ, ce serait dénaturer le sacerdoce en un sens démocratique qui n’a pas lieu d’être dans l’Église.
Le sacerdoce n’est pas un droit, mais un appel divin et ecclésial
On fausse également les choses en posant la question du sacerdoce sur le plan de la justice. Un tel point de vue ne se justifierait que si l’ordination était un droit accordé par Dieu à toute personne, et dont les femmes seraient injustement privées. Le sacerdoce est, au contraire, une vocation, c’est-à-dire un appel totalement gratuit: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis» (Jn 15, 16).

En se plaçant du point de vue du droit, on pourrait aussi se demander qui a le droit de naître homme (masculin) ou femme. Saint Jean Chrysostome faisait d’ailleurs remarquer que non seulement les femmes, mais même la plupart des hommes (masculins) avaient été écartés par Jésus du sacerdoce (De sacerdotio, 2, 2). Et, aux femmes, l’absence de vocation au sacerdoce n’est nullement un amoindrissement. Dire : « Que reste-t-il aux femmes, puisqu’elles ne peuvent être ordonnées prêtres?» est aussi absurde que dire : « Que reste-t-il aux hommes, puisqu’ils ne peuvent enfanter et mettre au monde?»
Le silence de la Bible?
Une objection s’appuie sur le fait qu’en aucun endroit de la sainte Écriture n’est mentionnée une exclusion des femmes du sacerdoce. Ni Jésus-Christ lui-même, ni les Apôtres n’affirment que les femmes sont exclues du sacerdoce. Ce serait donc en vertu d’habitudes socio-culturelles qu’ils n’auraient pas ordonné de femmes, et non pas pour une raison théologique déterminante.

Mais une telle remarque pourrait être faite sur de nombreux autres articles de notre foi. Par exemple, on ne trouve pas dans les paroles de Jésus-Christ la manière de baptiser avec de l’eau ; on ne trouve pas mention explicite et directe de la confirmation ; on ne peut apporter de parole où le Sauveur institue un sacrement de mariage en tant que tel, etc.

L’Écriture ne contient pas, à elle seule, toute la Révélation : il faut la compléter par la Tradition. C’est l’Église qui scrute la Révélation et en donne le sens authentique. Se référer exclusivement à l’Écriture, c’est la position protestante. Et la Tradition catholique a toujours reconnu dans la pratique du Christ et des Apôtres réservant le sacerdoce aux hommes (masculins) une norme de foi.
Une vérité n’est pas annulée par la coexistence d’un préjugé
Pour certains théologiens, les attitudes anciennes vis-à-vis des femmes n’auraient aucun fondement dans la Révélation et relèveraient du sexisme. Ils en déduisent que l’exclusion des femmes du sacerdoce est le fruit de préjugés sociologiques.

Or, une attitude bonne peut coexister avec des motivations mauvaises. Un juge peut condamner un criminel, à la fois parce que celui-ci a commis une faute et par un désir personnel de vengeance à son encontre. Cela n’annule pas la faute du criminel, ni la justesse de la sentence si celle-ci est proportionnée au crime. Un refus fondé du sacerdoce des femmes peut ainsi coexister avec des préjugés antiféminins. Vouloir rejeter l’interdiction du sacerdoce des femmes à cause de ces préjugés, c’est risquer de détruire un fait réel en voulant ôter une erreur.

De la même façon, parce qu’on estime inadéquate une partie de l’argumentation des théologiens du Moyen Âge ou de l’époque classique à l’encontre du sacerdoce féminin, on prétend que leur conclusion est fausse. Or, la vérité peut coexister avec une argumentation déficiente. Ainsi, la dé- monstration de l’héliocentrisme par Galilée reposait sur des bases certainement fausses, et pourtant l’héliocentrisme reste vrai.

Ne nous laissons donc pas impressionner par des attaques qui soulignent les préjugés ou les arguments déficients de tel ou tel adversaire du sacerdoce des femmes : examinons la vérité elle-même telle qu’elle ressort de l’Écriture et de la Tradition. C’est le seul critère valable en ce domaine, et il ne sera jamais dépassé.
La véritable vocation
Et souvenons-nous que l’Église est un corps différencié, où chacun a son rôle. Ces rôles sont distincts et ne doivent pas être mélangés. L’égalité fondamentale devant la grâce, qui est certaine et que proclame saint Paul dans l’épître aux Galates, ne doit pas être confondue avec l’identité.

En revanche, tous les baptisés, femmes comme hommes (masculins), ont la possibilité de désirer et de vivre le « charisme » supérieur dont parle saint Paul (1 Co 12-13), qui est la charité, et qui donnera le degré de gloire au Paradis. Car les plus grands dans le Royaume des cieux ne seront pas les prêtres du sacerdoce ministériel, mais bien les saints.